Piers Faccini à la fois trouvère, barde et ménestrel qui fait rimer musique avec romantique.
De père italien et de mère anglaise, établi il y a quelque temps dans les Cévennes, l’artiste n’appartient à aucun pays, aucun sol et ne porte aucun autre drapeau que celui de la musique sur le terrain de laquelle il embrassera toutes les cultures. Sa voix profonde et ses paroles ciselées et fines entraînent une avalanche d’harmonies, un orage de notes et des raz de marée d’émotions. Piers Faccini est bouleversant. Se tenant debout presque sans remuer, les yeux souvent mi-clos, le chanteur qui échangera à maintes reprises ses guitares contre un harmonica ou un tambourin visitera tour à tour les tribus africaines, notamment les Touaregs, le blues du Mississippi, le pays créole ou encore le sud de l’Italie. Ses mélodies mélangent – non sans une certaine subtilité, puisque l’audience n’en discernera même pas les limites géographiques – le blues de Skip James aux tempos de Boubakar Traoré. C’est que Faccini se sent à l’aise partout. Dans cette mélancolie qui lui procure du bonheur, a-t-il dit un jour dans une entrevue. Cette vibrante mélancolie qui rend vivant, pourrait-on ajouter.
Faccini et Hamed Sinno
Piers Faccini voyage partout et vogue sur des rives nouvelles. Sa mappemonde musicale, il la dessine à son gré. D’ailleurs ne se confond-elle pas avec les traits de son visage sur la couverture de son quatrième album My Wilderness? Dès qu’il entre en musique, le chanteur l’habite comme sa maison. Cet artiste rassemble en lui toutes les âmes des poètes disparus. Il est à la fois ce trouvère venu du lointain Moyen Âge, ce barde des temps anciens, ce ménestrel qui fait rimer musique avec romantique. Mais il est aussi ce derviche tourneur tendant vers une élévation nouvelle et ce chantre d’une paix réinventée, celle du cœur et de l’esprit. Introduisant cuivres et cordes sans ostentation, mais avec un naturel surprenant et une parcimonie élégante de gestes, il évoquera cette liberté à laquelle aspirent tous les peuples du monde.
Piers Faccini invitera par la suite Hamed Sinno à le rejoindre sur scène. Le chanteur de Mashrou’ Leila, qui jouait le rôle de l’hôte à La Cigale (Paris), se fera le plaisir d’interpréter avec l’artiste italo-irlandais The Beggar and the Thief, dans deux langues différentes. Mais à bien les écouter, le public n’arrivera pas à véritablement distinguer la nature du « phrasé », car seule la musique prédominera. Celle des harmonies et des voix. Comme deux cris, deux langueurs à l’unisson, elle empruntera à l’Orient ses instrumentations et aux Balkans des Gitans ses arrangements. Faccini avait promis au début du concert qu’il allait mettre les voiles et prendre le large. Ce qu’il n’avait pas dit, c’est qu’il emmènerait l’audience avec lui. Une audience conquise dès la première chanson, qui s’est abandonnée sans résister au plaisir de cette magnifique traversée musicale.


Tres beau concert. Piers Faccini est un excellent guitariste et chanteur qui nous a permis de nous deconnecter de l'ambiance beyrouthine. Bravo a ceux qui l'ont invite a se produire au Liban.
03 h 51, le 27 novembre 2012