"Jusqu'à présent, le régime a gagné du temps, mais l'heure de la vérité approche", affirme Khattar Abou Diab, professeur à l'Université Paris-Sud.
"L'idée est de savoir si le régime mettra en oeuvre le volet politique ou se contentera de déclarer que +tout va bien+ après le cessez-le-feu", ajoute le politologue.
Le plan en six points de l'émissaire international Kofi Annan prévoit, après le cessez-le-feu, "un processus politique ouvert, dirigé par les Syriens, de façon à répondre aux aspirations et préoccupations légitimes du peuple syrien".
Pour les analystes, Damas fera tout pour éviter un dialogue sérieux sur un transfert du pouvoir, réclamé avec insistance par l'opposition et une partie de la communauté internationale.
"La réponse du régime aux mouvements populaires a toujours été une solution sécuritaire, sans accord politique. Jusqu'au dernier moment, le régime va essayer d'écarter une solution politique", affirme-t-il.
En face, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition d'opposants, a déjà plusieurs fois refusé toute discussion avant le départ du président Bachar al-Assad.
Le cessez-le-feu, censé mettre fin à plus d'un an de violences meurtrières, est officiellement entré en vigueur jeudi à 03H00 GMT. L'opposition a recensé quelques morts, tandis que militants et Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) ont fait état d'un calme relatif dans de nombreuses régions.
"Nous entrons dans une période où tout le monde va observer de très près ce qui se passe (...). Nous n'en sommes pas encore à une solution politique", affirme pour sa part Karim Bitar, chercheur associé à l'IRIS, spécialiste du Proche et Moyen-Orient.
"La grande faiblesse du plan Annan, c'est qu'il ne prend pas en compte le gouffre qui s'est créé entre les deux parties en Syrie et le déficit de confiance vis-à-vis du régime aussi bien de la part de l'opposition que de la plupart des pays étrangers", juge-t-il.
Les violences ont fait en effet plus de 10.000 morts depuis l'éclatement de la révolte dans le pays, selon l'OSDH.
"Si jamais il y a dialogue, ce sera éventuellement un simulacre de dialogue avec quelques personnalités choisies. Mais je ne vois pas comment il peut y avoir un dialogue national car les blessures sont importantes et pas encore cicatrisées", poursuit M. Bitar.
Les militants ne semblent d'ailleurs pas prêts à baisser les bras et ont déjà appelé à de nouvelles manifestations vendredi, un test pour Damas qui réprime habituellement ces rassemblements.
"Le régime dit qu'il a repris le contrôle (...) mais ce n'est pas le cas sur le terrain. Il y a encore de la résistance et le mouvement de contestation ne s'est pas arrêté", note M. Abou Diab.
Salman Shaikh, directeur du Brookings Center à Doha, fait le même constat: "Le plus gros test pour les forces d'Assad c'est quand les gens manifesteront en masse. Que se passera-t-il quand les gens occuperont les centres des villes et des villages?", écrit-il sur Twitter.
Pour Karim Bitar, le bras de fer se prolongera au-delà du cessez-le-feu.
"L'opposition est trop faible pour abattre le régime et ce régime est trop faible pour faire taire l'opposition", constate-t-il.
"Il peut y avoir une situation de pourrissement, de conflit de basse intensité pendant plusieurs mois. Mais le régime n'est pas sorti d'affaire. A moyen terme, il reste condamné", conclut-il.

