Rechercher
Rechercher

Culture - Rencontre

Myriam Antaki, une écrivaine francophone des rives du Barada

Six romans d’excellents alois devancent son nom d’auteure francophone des rives du Barada. Romans évoquant la gloire de la Syrie et les valeurs du monde arabe auxquelles elle revendique farouchement sa plus profonde appartenance et sa vraie identité. Myriam Antaki, qui vit entre Damas et Alep, est aujourd’hui de passage à Beyrouth.

Edgar DAVIDIAN

 

Le regard pervenche, les cheveux châtain clair balayés de mèches blondes, les traits fins, la démarche élégante, la silhouette fine, Myriam Antaki, un peu réservée et d’une aristocratique simplicité, si elle use avec brio de la langue de Racine, elle n’entend pas moins, très bien la langue arabe. Rencontre avec une «Damascène» qui connaît parfaitement le Liban et Beyrouth, pour parler littérature, écriture, mais aussi un peu, incidemment, de la Syrie, «un pays aujourd’hui endeuillé», dit-elle en baissant les paupières.
Pour l’auteure de Souviens-toi de Palmyre, les études en psychologie et le diplôme en business administration sont ancrés dans le passé, car la vraie vocation était ailleurs. Elle confesse avec un sourire presque amusé: «On peut être multiple dans la vie.» Myriam Antaki vient de donner au rectorat de l’UL une conférence explorant et interrogeant les sous-bois de l’écriture. Écrire, justement, l’affaire d’une vie, est ici le cœur de notre
interview.
«Depuis très longtemps j’écris, dit-elle sans hésitation. Depuis que je suis petite, j’aime écrire. Il y a trois raisons fondamentales pour mon choix d’écrire en français. Tout d’abord, pour m’adresser à un autre public, ensuite, pour l’affiliation à une double culture et, finalement, parce que la langue est un outil de catharsis et de libération. Par ailleurs, déjà dès ma prime enfance, je lisais beaucoup de poésie française dont je connais par cœur des textes entiers. Mais je n’ai jamais eu la tentation d’écrire des poèmes tant la contrainte des rimes et de la métrique m’est étrangère. Le bilinguisme (arabe-français), par ici, est sans nul doute l’apanage de familles privilégiées. Mon premier roman, La bien-aimée, a paru chez Plon en 1985. C’était un conte de fées oriental, historique il est vrai, instaurant un dialogue entre islam et chrétienté. Il est clair que je suis engagée dans mon propre pays afin de mettre en lumière l’aspect de la culture multiple en Syrie.»
«Je n’accepte pas un pays de culture unique, de religion unique. Je suis pour les rencontres, les dialogues, la tolérance, surtout lorsque tout cela est constructif. La culture francophone en Syrie a aussi un passé et on nomme ces femmes (dans les années 50 ou 60) qui ont écrit dans une langue étrangère: Zoé Homsi Ghadban, Nadia Moussali Abdelnour et, un peu, Salma Kozbari Haffar. Filon qui s’est prolongé un peu plus tard avec Azmi Moralli, Kamel Ibrahim, Mohid Trad et Marie Seurat.»
Petite pause pour jeter un regard sur cette terrasse sous verre, où le soleil et les bruits de la rue entrent à profusion, et reprendre en douceur le fil d’une conversation en fait jamais interrompue. Myriam Antaki aime aussi les auteurs libanais et ceux du monde arabe. Elle en parle avec enthousiasme.
«Je n’ai pas tout lu, mais il y a bien sûr Salah Stétié, Vénus Khoury-Ghata, Alexandre Najjar, Amin Maalouf, mais aussi Tahar Ben Jelloun...»
Et l’on touche au cœur de la création en abordant le sujet de ce qui est au plus près de la plume: écrire. Qu’est-ce qu’écrire pour Myriam Antaki?
«Écrire, explique-t-elle, c’est entrer très profondément en soi. Alors on s’aperçoit que l’on subit un dépaysement intérieur qui devient création. L’écriture ajoute à la solitude de l’écrivain: au lieu d’être paralysante, elle devient réconfort, richesse et une dimension insoupçonnée... De tous les livres que j’ai écrits lequel je choisirais? Le dernier que j’écris, car je ne crois pas à la polygamie en littérature. Je suis à la monogamie successive... Par conséquent, celui que j’écris en dernier a toujours mes faveurs, car c’est une résidence de la créativité.»
Dans quel état écrit-on? Une tâche difficile, surtout lorsqu’on est face à un texte ciselé comme une partition, à la musicalité incantatoire, comme ces pages des Caravanes du soleil ou Les versets du pardon?
«Je suis nulle pour l’écriture, dit Myriam Antaki avec un déroutant sérieux. Je souffre pour écrire. Je fignole énormément. Je lis à haute voix mes écrits. La dimension esthétique nous sauve.»
Et la situation actuelle en Syrie, comment la vivez-vous?
«Je la vis avec beaucoup de tristesse, dit Antaki. Je suis pour la non-violence. La Syrie en ce moment est endeuillée. J’espère qu’elle retrouvera une honnêteté pour vivre.»
Peut-on aborder le thème de votre dernier ouvrage en gestation?
«Bien sûr, je parle des chrétiens de Damas, à travers un cycle de nouvelles qui s’emboîtent. Depuis l’arrivée de saint Paul à Damas, son illumination et sa conversion... J’espère arriver jusqu’aujourd’hui et dire les bonnes et mauvaises périodes, avec la quête pour un point de convergence et un regard de dialogue et de
survie...»

Edgar DAVIDIAN
 
Le regard pervenche, les cheveux châtain clair balayés de mèches blondes, les traits fins, la démarche élégante, la silhouette fine, Myriam Antaki, un peu réservée et d’une aristocratique simplicité, si elle use avec brio de la langue de Racine, elle n’entend pas moins, très bien la langue arabe. Rencontre avec une «Damascène» qui connaît parfaitement le Liban et Beyrouth, pour parler littérature, écriture, mais aussi un peu, incidemment, de la Syrie, «un pays aujourd’hui endeuillé», dit-elle en baissant les paupières.Pour l’auteure de Souviens-toi de Palmyre, les études en psychologie et le diplôme en business administration sont ancrés dans le passé, car la vraie vocation était ailleurs. Elle confesse avec un sourire presque amusé: «On peut être multiple dans la vie.» Myriam Antaki...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut