"J'ai passé 21 jours dans un hôpital de fortune, pour des blessures à divers endroits du corps, mais l'état de mon bras droit a empiré à cause du manque de matériel médical", explique-t-il à l'AFP.
"Quand je suis arrivé à l'hôpital (au Liban), ils m'ont annoncé qu'ils allaient devoir m'amputer", se remémore ce carrossier de 30 ans, en montrant son moignon entouré d'imposants bandages.
Mourhaf a été blessé il y a un mois et demi lors des bombardements sur le quartier de Baba Amr à Homs, bastion de la rébellion dans le centre de la Syrie assiégé et bombardé sans répit avant d'être repris par les troupes du régime de Bachar al-Assad.
Dans ce quartier, comme ailleurs dans le pays en proie à une révolte réprimée dans le sang, de nombreuses maisons font office d'hôpitaux improvisés, les militants redoutant de se faire soigner dans les hôpitaux publics de peur d'y être arrêtés.
Selon le docteur Mouhannad, un médecin syrien qui refuse de donner son nom de famille, de nombreux Syriens arrivent chaque jour dans les hôpitaux de Tripoli, dans le Nord du Liban, après être restés parfois 10 à 15 jours sans traitement.
Dans leurs cas, "une amputation s'impose pour éviter des complications de santé graves", estime-t-il.
Dans le seul hôpital public de Tripoli, cinq amputations ont dû être menées ce mois-ci, selon lui, mais il n'existe pas de statistiques à plus grande échelle, car de nombreux Syriens refusent de donner leur nom ou d'être répertoriés par crainte de représailles.
Lui aussi originaire de Baba Amr, Khaled, 32 ans, a passé deux semaines dans un hôpital de fortune avant de rejoindre le Liban.
"J'étais dans une voiture à Baba Amr. Un obus de mortier est tombé, tuant le chauffeur et blessant mon frère. On nous a transportés dans un hôpital de fortune, et après deux semaines de soins, il a fallu partir au Liban pour me faire amputer du pied droit", explique-t-il.
"En Syrie, il y a des cas bien plus graves que le mien dans les hôpitaux de fortune, c'est pour cela que mon départ vers le Liban a été retardé", poursuit-il.
Selon le docteur Mouhannad, les réfugiés syriens prennent la route du Liban à pied, à moto ou à dos d'âne et passent par des chemins détournés ou des tunnels insalubres, ce qui peut provoquer des infections supplémentaires sur leurs blessures souvent à vif, ajoute le médecin.
Quelque 8.000 Syriens sont actuellement enregistrés par l'agence de l'ONU pour les réfugiés au Liban. La majorité vit dans une région proche de la frontière dans le Nord, majoritairement sunnite.
Le Haut comité de secours, une organisation gouvernementale en charge de l'aide humanitaire, participe au financement des soins médicaux d'urgence pour les blessés syriens, selon un responsable.
Et, ajoute Mouhannad, des particuliers, libanais et arabes, se sont proposés de payer des prothèses.
Mourhaf, lui, s'apprête à quitter l'hôpital. Il va s'accorder deux semaines de repos, avant d'aller aider les militants à évacuer les blessés depuis le Liban.
Avant son départ, les Syriens hospitalisés à ses côtés lui ont organisé une fête d'adieu.
"J'ai dansé, en brandissant le drapeau de la révolution de ma main gauche", dit-il dans un sourire.

