Le pont du Cocody, lieu présumé du kidnapping de Joseph Sader. Photo Sami Ayad
Trois ans après l’enlèvement de Joseph Sader, et alors que l’ingénieur de la MEA est toujours porté disparu, aucune information n’a jamais été confirmée sur les motifs de son enlèvement. Les hypothèses et les rumeurs les plus folles continuent de circuler...
Certains se demandent si le directeur du département d’informatique ne détenait pas quelque information confidentielle susceptible d’intéresser le Hezbollah ou de gêner la formation chiite. S’il n’a donc pas été enlevé et remplacé par un fonctionnaire proche du parti de Dieu, plus précisément par une personne de la famille Sahili. Mais selon le président du syndicat des employés au sol de la MEA, Hussein Abbas, Joseph Sader, dans le cadre de sa profession, n’avait pas accès à des informations confidentielles. Thèse reprise par le député Michel Moussa. «Je ne peux toutefois pas savoir ce qu’il y avait sur son ordinateur personnel», ajoute le président du syndicat, observant que l’ingénieur était réservé, sage et courtois. Et d’assurer que le poste occupé par l’ingénieur est toujours vacant. «Personne n’a été nommé à sa place», affirme-t-il. Et de préciser que plusieurs personnes se partagent aujourd’hui la fonction de Joseph Sader, mais que de nouvelles nominations devraient avoir lieu incessamment.
De leur côté, les deux sœurs de l’otage, Elham Hourani et Afaf Habr, soutiennent que la compagnie aérienne nationale continue d’assumer ses devoirs envers leur frère, de payer son salaire intégralement ainsi que les scolarités de ses enfants. «Le PDG de la MEA, Mohammad el-Hout, a même affirmé que Joseph était un employé modèle», observent-elles, avec amertume.
L’hypothèse de l’enlèvement pour suspicion d’espionnage pro-israélien est aussi à envisager. Même si les sources sécuritaires et politiques déclarent formellement n’avoir aucun soupçon contre Joseph Sader. Et ce après avoir fouillé dans les relations de l’ingénieur avec un parent proche de son épouse, Andrew Semaan, riche émigré d’Afrique du Sud venu à Maghdouché rendre visite à la famille, l’été dernier, et leur offrir des terrains, après une visite en Israël. Une relation que la famille de l’ingénieur a elle-même révélée aux autorités, histoire de n’écarter aucune piste susceptible de le retrouver, comme le racontent à L’Orient-Le Jour ses deux sœurs, Mmes Hourani et Habr. Avant la visite libanaise de M. Semaan, Joseph Sader avait pris soin de le prévenir qu’il ne pouvait pas venir au Liban directement après son séjour en Israël, expliquent-elles aussi. Au Liban, l’émigré avait notamment été reçu par certaines personnalités religieuses.
Parmi les autres hypothèses possibles, Joseph Sader pourrait être détenu au Liban par une partie armée non officielle, prosyrienne et proche du Hezbollah. Comme il pourrait se trouver dans les geôles syriennes, comme l’estiment certains.
Difficile d’identifier le vrai du faux, en l’absence du moindre indice susceptible de faire la lumière sur le sort du disparu.
A.-M.H.

