"C'est le début d'un conflit armé généralisé, nous nous dirigeons vers un véritable chaos", affirme à l'AFP Joshua Landis, directeur du Centre d'études pour le Moyen-Orient à l'Université d'Oklahoma.
Un conflit qui a déjà pris la forme d'une guerre confessionnelle dans des régions comme Homs (centre), un haut lieu de la contestation antirégime où des atrocités sont commises dans les quartiers mixtes musulmans sunnites et alaouites, une branche du chiisme, selon les militants.
Fer de lance de "l'opposition armée", l'Armée syrienne libre (ASL) mène des opérations de plus en plus audacieuses contre les forces du régime de Bachar al-Assad, osant même des attaques aux portes de Damas, jusque-là épargnée.
"Nous menons une guérilla avec des attaques contre les positions des pro-Assad, suivies de retraits tactiques vers des lieux sûrs", affirme le chef de l'ASL, le colonel Riad Al-Assaad, qui revendique quelque 40.000 hommes.
A mesure que la crise s'éternise et que toute intervention militaire à la libyenne est exclue, l'opposition semble devoir se débrouiller toute seule.
"L'opposition réalise lentement que pour gagner, il va falloir détruire l'armée", indique M. Landis. "Personne ne viendra à son secours, ni les Arabes, ni l'Occident. Les Américains ne débarqueront pas avec leurs chars comme en Irak".
Au Conseil de sécurité de l'ONU, Damas et son allié russe sont restés sourds aux appels pour cesser la répression sanglante.
"Le peuple a espéré que les manifestations pacifiques pousseraient Assad à démissionner, qu'il y aurait un scénario à l'image de la place Tahrir (Egypte). Mais il réalise qu'il n'y aura pas de fin magique", selon M. Landis.
L'impasse est d'autant plus grande que le régime se prévaut du soutien d'une grandie partie de la population pour venir à bout de ce qu'il présente comme des "gangs terroristes", se refusant à reconnaître l'ampleur de la révolte.
Celle-ci prend une tournure de plus en plus meurtrière avec plus de 400 morts en une semaine. Mais la militarisation, défendue par ceux qui estiment qu'il n'est plus possible de se faire tuer sans réagir, lance parallèlement un engrenage difficilement contrôlable.
"Le conflit armé donne des arguments au régime pour réprimer plus et arguer que la violence est le fait de groupes armés salafistes venant de l'extérieur", explique Agnès Levallois, spécialiste de la Syrie, basée à Paris.
"L'enjeu, c'est Damas. Qui tient Damas tient la Syrie", estime Fabrice Balanche, maître de conférences en géographie à l'Université Lyon 2, alors que les combats se rapprochent de la capitale.
Selon cet expert de la Syrie, la rébellion mobilise des éléments dans des banlieues sunnites et pauvres où les islamistes ont prospéré ces dernières années.
De quoi confirmer les craintes d'une guerre civile généralisée entre sunnites et la minorité alaouite dont est issu le clan Assad, M. Balanche évoquant "un mépris et ressentiment religieux qui explosent" parmi la population.
"Le régime se dit si la Syrie va vers un début de guerre civile, il peut agiter l'épouvantail libanais et irakien pour faire en sorte que la population revienne dans le droit chemin", dit-il. Mais cette tactique peut se retourner contre lui. "Si ça dégénère de trop, il ne maîtrisera plus le processus".
Pour Mme Levallois, la suspension de la mission arabe et le transfert du dossier syrien au Conseil de sécurité "coincent" davantage le régime, et, le soutien russe pourrait à un moment donné lui faire défaut. Le régime "joue son va-tout, car il est condamné à terme".
"Bachar pourrait tenir peut-être militairement, mais pas économiquement ni politiquement, et au final il serait quand même obligé de partir", estime M. Balanche.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef