La capture du Libanais Ali Moussa Daqdouq dans le Sud de l'Irak avait été annoncée en juillet 2007 par l'armée américaine. Les Etats-Unis assuraient qu'il s'agissait d'un agent du mouvement chiite libanais venu en Irak entraîner des insurgés avec l'aide de la force Qods, unité d'élite des Gardiens de la révolution iraniens.
Lors d'un raid en janvier 2007 à Kerbala au sud de Bagdad, des hommes armés avaient tué un soldat américain et en avaient enlevé quatre autres qu'ils avaient ensuite abattus, une opération élaborée dont la planification avait été attribuée par l'armée américaine à la force Qods.
Vendredi, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a affirmé à propos de M. Daqduq que les Etats-Unis, dont les derniers soldats doivent quitter l'Irak d'ici la fin du mois, avaient examiné avec Bagdad "un grand nombre de possibilités conformes aux lois américaines et irakiennes pour obtenir son transfert devant un tribunal militaire".
"Nous avons agi ainsi parce que nous pensions qu'il s'agissait de la manière la plus rapide de le déférer devant la justice. Nous continuons à discuter de cette affaire avec les Irakiens", même si "ce matin, il a été transféré en détention irakienne", a souligné M. Carney.
Un haut responsable américain s'exprimant sous couvert de l'anonymat a expliqué à l'AFP que "le gouvernement irakien ne voulait pas entendre parler d'un transfert à Guantanamo", la prison militaire américaine sur l'île de Cuba.
Au terme d'un accord entre Washington et Bagdad sur la fin de la présence américaine en Irak, signé en 2008, M. Daqduq était considéré comme un détenu du gouvernement irakien, mais gardé par des soldats américains.
L'emmener avec eux aurait constitué non seulement un casse-tête juridique de nature à saper l'accusation, mais aurait aussi fragilisé les nouvelles relations que les Etats-Unis veulent établir avec les Irakiens.
M. Carney a affirmé que les Etats-Unis avaient reçu des Irakiens "l'assurance qu'il serait poursuivi pour ses crimes".
Mais quatre influents sénateurs américains se sont élevés contre ce transfert, affirmant qu'il "envoie un signe funeste à nos alliés et nos ennemis dans la région".
"Il est scandaleux qu'Ali Moussa Daqduq, un terroriste du Hezbollah libanais (...) soit remis au gouvernement irakien, plutôt que d'être déféré devant un tribunal militaire américain pour répondre de ses crimes", ont affirmé ces élus, parmi lesquels le chef de la minorité républicaine Mitch McConnell et l'ancien candidat à la présidentielle John McCain.
"Nous sommes profondément inquiets à l'idée que Daqduq n'aie jamais à répondre de son implication dans le meurtre de ressortissants américains, qu'il soit libéré par les Irakiens pour des raisons politiques, et qu'il reprenne ensuite le combat contre les Etats-Unis et nos amis", ont ajouté ces sénateurs.

