"Les banques prennent des précautions extrêmes pour éviter de mauvaises surprises concernant des personnes ou des institutions visées par les sanctions", a expliqué à l'AFP un responsable de l'une des plus importantes banques du Liban.
Selon lui, "les banques fuient tout ce qui est lié à la Syrie comme si c'était une maladie, parce que les Etats-Unis surveillent de près".
"Personne ne veut s'exposer à des pressions ou des problèmes", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat, en raison de la délicatesse du sujet et du secret bancaire.
Outre les précautions prises de longue date concernant les transactions sur les comptes détenus par des Syriens, les nouveaux clients syriens sont particulièrement surveillés, et plusieurs se sont vu refuser l'ouverture d'un compte.
Dimanche, la Ligue arabe a adopté des sanctions sévères contre la Syrie, prévoyant notamment un gel des comptes bancaires du gouvernement syrien dans les pays arabes. Mais le Liban s'est dissocié de ces sanctions.
Jeudi, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé, dans le cadre d'un dixième train de sanctions contre la Syrie, d'ajouter onze nouvelles sociétés et douze personnes à ses listes de gels d'avoirs et d'interdictions de visa, selon des sources diplomatiques. Les Etats-Unis avaient déjà imposé des sanctions à la Syrie.
"Tous les comptes détenus par des Syriens sont sous surveillance pour que les banques elles-mêmes ne soient pas exposées à des mesures punitives", explique un autre responsable bancaire, s'exprimant lui aussi sous le couvert de l'anonymat.
"Aucun virement en dollars n'est fait à partir de comptes de clients syriens, et pour les autres transactions il faut obtenir une autorisation spécifique", ajoute-t-il.
Les sanctions américaines adoptées l'été dernier ont obligé la Syrie à cesser ses transactions en dollars, forçant le pays à se tourner vers l'euro.
Selon les banquiers libanais, de nombreux Syriens ont vidé leurs comptes dès le début de la révolte à la mi-mars et mis leur argent à l'abri au Liban.
Ainsi, 1,34 milliard de dollars ont été déposés dans les banques libanaises en mars et 1,8 milliard de dollars en avril. Selon un des responsables interrogés, "tout le monde est d'accord pour dire qu'il s'agit d'argent syrien".
Le ministre de l'Economie, Nicolas Nahas, a indiqué à l'AFP que les banques libanaises ne traiteraient pas avec la Banque centrale de Syrie ni toute personne visée par les sanctions.
Le gouverneur de la Banque centrale du Liban (Bdl), Riad Salameh, avait affirmé lundi que Damas n'avait déposé de fonds à la Bdl.
La Syrie a pendant trois décennies exercé une tutelle chez son voisin libanais, avant d'être contrainte en 2005 de retirer ses troupes sous la pression de la rue libanaise et de la communauté internationale après l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Mais elle a toujours de puissants alliés au Liban et la révolte populaire en Syrie a accentué les divisions entre le bloc pro-syrien au pouvoir, emmené par le Hezbollah, et l'opposition dirigée par Saad Hariri, l'ancien Premier ministre libanais et fils de Rafic Hariri.


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