"Plus la communauté internationale piétine et la Ligue arabe tarde à forcer la Syrie à agir, plus on se dirige vers ce scénario", affirme à l'AFP Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha center.
"Face à l'instransigeance de pays comme la Russie -qui refuse toute sanction contre le régime de Bachar al-Assad-, on se retrouvera dans une situation où personne ne voudra plus parler politique", ajoute-t-il. Les Syriens "commenceront à se battre entre eux".
La révolte populaire qui dure depuis huit mois en Syrie devient de plus en plus militarisée avec l'intensification des opérations de l'Armée syrienne libre (ASL), regroupant des soldats insoumis qui se sont joints à la révolte.
L'ASL a notamment revendiqué mercredi une attaque inédite contre un centre des services secrets, suscitant l'inquiétude de Washington selon qui ces actes jouent en faveur du régime. Moscou a renchéri en estimant jeudi que l'attaque ressemblait à une "guerre civile".
L'ONU avait également exprimé ses craintes d'un conflit interne en Syrie où, selon elle, la répression a fait plus de 3.500 morts jusqu'à présent.
"Il y a un risque réel de guerre civile même si nous n'y sommes pas encore", estime Marwa Daoudy, professeur à l'Université d'Oxford.
Pour un ancien diplomate français longtemps en poste dans la région, "il n'y a pas de guerre civile pour le moment, car les Syriens espèrent parvenir à leurs fins par des moyens pacifiques".
Toutefois, il souligne sous couvert de l'anonymat que le régime d'Assad, cerné de toutes parts, tente de jouer la carte confessionnelle. Le régime est contrôlé par la minorité alaouite, tandis que la population -et donc les protestataires- est à majorité sunnite.
"Ils (le régime syrien) ont fait tellement de choses abominables qu'à un moment ou un autre, ça risque d'exploser", dit-il.
"Le régime peut dire aux alaouites 'si vous ne vous mettez pas de notre côté, ils (les sunnites) vont se retourner contre vous et vous tuer'", explique-t-il.
Mais lui comme d'autres analystes estiment qu'une éventuelle guerre civile ne serait pas confessionnelle mais prendrait la forme d'une révolte armée généralisée contre un régime déterminé à se maintenir en place.
D'autant plus que l'opposition semble consciente du "piège" que lui tend le régime.
"Nous sommes à un tournant", affirme dans un communiqué jeudi Burhan Ghalioun, président du Conseil national syrien (CNS, qui regroupe la plupart des courants de l'opposition).
"L'une des routes pourrait nous mener à la liberté et la dignité, l'autre vers une guerre civile que le régime tente sans cesse de faire éclater pour faire avorter notre révolution", ajoute-t-il.
M. Ghalioun évoque également des "enlèvements, des assassinats et des règlements de compte" à caractère confessionnel dans plusieurs villes notamment à Homs (centre) ou Deraa (sud).
Mais pour l'instant, ce sont "les dérives de tout soulèvement populaire", estime Mme Daoudy.
Les analystes estiment que c'est à l'opposition qu'incombe la responsabilité d'éviter de plonger dans la logique confessionnelle.
"Il y a une lucidité extraordinaire de la part des mouvements populaires pour résister à la dérive confessionnelle", affirme Mme Daoudy.
M. Shaikh estime pour sa part que l'opposition veut jouer le rôle de rassembleur, surtout pour l'avenir.
"Ils ne veulent pas d'un scénario à l'irakienne où les sunnites se sont réveillés un jour pour découvrir qu'ils ont tout perdu", dit-il, en référence à l'après Saddam Hussein et la prise du pouvoir par la majorité chiite.

