Une délégation syrienne conduite par l'un des chefs du parti communiste syrien, Qadri Jamil, a rencontré lundi le représentant du Kremlin pour les crises dans le monde arabe. Denis Sinyakov/
"Il ne s'agit pas d'une reconnaissance, comme nous avons pu reconnaître le Conseil national de transition libyen", a précisé un diplomate européen à l'AFP. "En même temps, il fallait faire un geste envers le CNS, car nous ne voulions pas cautionner les tentatives du pouvoir de créer des mouvements d'opposition fantoche", a-t-il ajouté.
Le ministre des Affaires étrangères italien Franco Frattini a estimé à propos du CNS qu'il était important "tout d'abord de savoir qui ils sont", avant de les reconnaître formellement. "Nous aimerions beaucoup avoir un programme, des propositions et si possible, des calendriers", a-t-il expliqué. En même temps, "nous ne pouvons plus accepter ce régime de Syrie qui continue à tuer des Syriens", a-t-il estimé, alors que la répression a fait quelque 2.900 morts.
Né fin septembre à Istanbul, le CNS réunit pour la première fois toutes les tendances politiques, comptant notamment dans ses rangs les Comités locaux de coordination (LCC) qui chapeautent les manifestations sur le terrain, les libéraux, la confrérie des Frères musulmans interdite de longue date en Syrie, ainsi que des partis kurdes et assyriens.
Les Européens réaffirment aussi dans leur déclaration la nécessité pour le président Assad de "quitter le pouvoir pour permettre la transition". Ils se disent déterminés "à poursuivre activement" leur politique à l'encontre de Damas, "y compris" par un renforcement des sanctions.
A l'ONU, la Russie et la Chine ont bloqué la semaine dernière au Conseil de sécurité de l'ONU, l'adoption d'une résolution menaçant le régime syrien de "mesures ciblées", ce dont l'UE se dit "profondément déçue". Ceci n’a pas empêché l’UE d’adopter sept séries de sanctions contre Damas, y compris des embargos sur les armes et les livraisons de pétrole, ainsi qu'une interdiction de tous nouveaux investissements dans le secteur pétrolier et d'approvisionner la banque centrale syrienne en pièces et billets de banques.
En fin de semaine, une nouvelle série de sanctions de l'UE devrait entrer en vigueur à l'encontre cette fois de la Commercial Bank of Syria, déjà sanctionnée par les États-Unis, selon des sources diplomatiques.
A ce sujet, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a par ailleurs déclaré, que la Russie est prête à proposer au Conseil de sécurité "une résolution équilibrée qui condamnera les violences des deux côtés", celles du régime du Assad et celles de l'opposition. "Nous devons encourager l'opposition syrienne à se mettre à la table des négociations et à trouver un accord. Nous sommes prêts à proposer une telle résolution avec nos partenaires chinois", a souligné M. Lavrov dans une interview à l'hebdomadaire Profil. "Dans le même temps, il faut que nous demandions à Assad de poursuivre les réformes qu'il a déjà engagées", a-t-il ajouté. Le président russe, Dmitri Medvedev, avait envisagé vendredi pour la première fois le départ de Bachar el-Assad, estimant que le régime syrien devait engager des réformes ou partir.
Par ailleurs, le représentant du Kremlin pour les crises dans le monde arabe, Mikhaïl Marguelov, a reçu lundi une délégation syrienne dont "les positions concernant les réformes en Syrie sont modérées" et qui est "une aile pacifique des adversaires du régime", a indiqué une porte-parole du responsable russe. La délégation, que d'autres opposants syriens accusent d'être des proches du régime du président Assad, est conduite par l'un des chefs du parti communiste syrien, Qadri Jamil, a précisé cette porte-parole, Varvara Paal. "Nous sommes prêts à organiser une table ronde pour que les représentants de l'opposition et du pouvoir puissent se mettre d'accord, à Moscou ou ailleurs", a déclaré M. Marguelov au cours de la rencontre.
Une seconde délégation du Conseil national syrien, qui s'est constitué à Istanbul, est également attendue à Moscou en octobre, a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères mais, selon un représentant du mouvement en Russie, Mahmoud al-Hamza cité par l'agence Interfax, aucune invitation officielle ne leur a été envoyée.

