Les rebelles paradent devant le quartier général de Mouammar Kadhafi, à Tripoli. Florent Marcie/
Deux puissantes explosions, vraisemblablement dues à un bombardement aérien, ont également retenti dans Tripoli tôt le matin alors qu'un avion de l'Otan survolait la capitale libyenne, a constaté un journaliste de l AFP. Des tirs et des explosions sporadiques ont retenti quasiment toute la nuit dans Tripoli, après la prise mardi après-midi de Bab al-Aziziya, le QG de M. Kadhafi.
Cette victoire avant tout symbolique, l'immense complexe ayant été déserté, a provoqué une explosion de joie à Tripoli, des familles entières sillonnant les rues en voiture et créant d'énormes embouteillages dans un vacarme de klaxons et de tirs. Depuis Benghazi, la "capitale" des insurgés, où la chute de Bab al-Aziziya a également été célébrée, les rebelles ont appelé les civils à rester à l'écart, afin de permettre aux combattants de passer le complexe au peigne fin.
Reporters sans frontières (RSF) a appelé mercredi les "parties en présence" en Libye à "assurer la sécurité des journalistes qui couvrent les événements dans le pays", dont une trentaine sont assiégés depuis quatre jours dans leur hôtel de Tripoli. "L'hôtel est assiégé par des partisans de Mouammar Kadhafi. Ils empêchent les journalistes de sortir. Ces derniers sont pris en otage au premier étage du bâtiment, prisonniers d'un régime qui refuse de rendre les armes. Les coupures d'eau et d'électricité sont régulières", selon RSF.
Plus à l'est, les rebelles continuaient à resserrer leur étau sur Syrte, ville d'origine de M. Kadhafi, où des négociations ont été entamées avec les tribus locales pour obtenir une reddition pacifique de la région. Ils ont fait mardi un bond de 80 km vers Syrte et se sont emparés du port pétrolier de Ras Lanouf, à 130 kilomètres à l'est. Le même jour, les pro-Kadhafi ont tiré plusieurs missiles Scud depuis les environs de Syrte en direction de Misrata, selon la rébellion.
Le mystère reste toutefois complet autour de la localisation de Mouammar Kadhafi, qui a défié une nouvelle fois la rébellion dans un message sonore en appelant les habitants à "nettoyer" Tripoli des insurgés et en affirmant s'être promené incognito dans la capitale. "Je me suis promené incognito, sans que les gens me voient, et j'ai vu des jeunes prêts à défendre leur ville", a-t-il affirmé dans ce message diffusé par la chaîne de télévision Arrai, sans préciser de date. Il a appelé "les habitants de Tripoli, les tribus, les jeunes, les vieux à sortir dans les rues" et "nettoyer Tripoli des rats", en référence aux rebelles. Dans un message diffusé quelques heures auparavant, il a argué s'être retiré de son QG pour des "raisons tactiques".
Interrogé par la chaîne France 24 sur le lieu où il pourrait se trouver, Moustapha Abdel Jalil, le chef du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique des rebelles, a répondu: "Dieu seul le sait (...). J'imagine qu'il a quitté Tripoli". Dans une autre déclaration, M. Abdeljalil a réaffirmé la volonté des rebelles de prendre vivant l'ancien dirigeant et de le juger "avec sa bande "en Libye. "L'ère de Kadhafi est terminée, même si tout finira seulement avec sa capture et sa condamnation pour les crimes qu'il a commis". Selon lui, les combats ont fait plus de 400 morts et 2.000 blessés depuis l'assaut de Tripoli lancé samedi par les rebelles, et près de 600 soldats partisans de Kadhafi y ont été capturés.
"Dans huit mois se tiendront les élections législatives (...) et présidentielle. Nous voulons un gouvernement démocratique et une Constitution juste. Surtout, nous ne voulons plus être isolés du monde comme nous l'avons été jusqu'à maintenant", a-t-il également affirmé dans un entretien publié mercredi par le quotidien italien La Repubblica. "La +nouvelle Libye+ doit être un pays différent du passé, et fondé sur les principes de liberté, égalité et fraternité", a-t-il souligné.
Le président français, Nicolas Sarkozy, et son homologue américain, Barack Obama, sont, de leur côté, convenus de "poursuivre leur effort militaire" jusqu'à ce que "Kadhafi et son clan" déposent les armes. Les Etats-Unis ont aussi indiqué travailler à débloquer dans les prochains jours "entre 1 et 1,5 milliard de dollars" d'avoirs libyens gelés pour venir en aide aux rebelles.
Toujours réticent, le président russe Dmitri Medvedev a estimé qu'il y avait "deux pouvoirs" en Libye et jugé des négociations nécessaires. Il a toutefois ajouté que Moscou serait prêt à établir des relations avec les rebelles s'ils parvenaient à unifier le pays.
Mais pour certains experts, comme Jean-Yves Moisseron, chercheur à l'Institut de recherche sur le développement, le CNT est le théâtre de "conflits internes extrêmement forts" entre tribus et chefs politiques qui veulent s'approprier les recettes pétrolières, compromettant l'avenir.
Repères : Les principales figures politiques de la rébellion
Témoignage : Une grand-mère aux révolutionnaires libyens : « Merci de nous avoir redonné notre dignité »
Deux puissantes explosions, vraisemblablement dues à un bombardement aérien, ont également...

