"Nous ne savons pas opérer le coeur des nourrissons. Des médecins étrangers sont venus ces dernières années pratiquer quelques opérations, ou les parents qui ont en les moyens se rendent à l'étranger pour soigner leurs enfants", explique à l'AFP Dr Hussein Ali al-Hilli, directeur de l'hôpital Ibn Bitar pour la chirurgie cardiaque à Bagdad.
"Le problème, c'est que nous recevons chaque jour 80 enfants souffrant de diverses malformations congénitales que nous ne savons pas soigner. Nous nous donnons trois ans pour apprendre, car cette technique opératoire est complexe", précise-t-il.
Pour réussir ce pari, cet hôpital public a signé ce week-end une convention avec l'Hôtel-Dieu de Beyrouth, par l'intermédiaire de la "Chaîne de l'espoir", une ONG française d'expertise médico-chirurgicale fondée en 1988 par le Pr Alain Deloche, et de son équivalent libanais "Heart Beat".
A partir du 1er septembre prochain, une première équipe irakienne de sept médecins et infirmiers de l'hôpital Ibn Bitar iront à Beyrouth recevoir une formation dispensée par l'Hôtel-Dieu durant au moins quatre mois, suivie d'une deuxième équipe.
"Pour la chirurgie cardiaque adulte, le niveau est bon ici, mais il est moyen pour la chirurgie cardiaque pédiatrique. Plus l'enfant est petit en poids et en âge, plus le traitement requiert des unités de soins intensifs et de réanimation sophistiquées", affirme Dr Issam Rassi, chirurgien cardiaque pédiatrique libanais et l'un des vice-présidents de Heart Beat.
La convention prévoit aussi l'envoi à l'Hôtel-Dieu "d'enfants qui ne peuvent pas être opérés à Bagdad car leur cas est délicat en raison de cardiopathies complexes", précise son collègue Victor Jebara.
Parallèlement, fin 2012, l'hôpital Ibn Bitar disposera d'une aile pédiatrique avec 55 lits, quatre salles d'opérations et une unité de soins intensifs.
Pour cet établissement, c'est l'aboutissement d'une formidable aventure ponctuée de deux résurrections.
Construit en 1979, il fut d'abord un hôpital généraliste géré par une compagnie irlandaise qui ferma ses portes en 1990, après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein. Il subit de sérieux dommages durant l'Opération "Desert Storm" menée par une coalition internationale pour bouter les Irakiens hors de l'émirat.
Remis en état, l'établissement a rouvert en 1992 sous le nom d'Hôpital Saddam de cardiologie. Mais lors de l'invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, il a été pillé et incendié, au point qu'une mission médicale militaire américaine avait conclu en avril 2003 qu'il ne pourrait plus jamais fonctionner.
C'était sans compter sur l'attachement viscéral des médecins à leur hôpital. Ceux-ci s'étaient cotisés et avaient racheté, sur le "marché aux voleurs" de Bagdad, le matériel qui avait été dérobé. Aujourd'hui, Ibn Bitar reçoit 80.000 patients par an venus de tout le pays.
Dans cette aventure, la Chaîne de l'espoir a joué un rôle majeur. "Nous avons approché Ibn Bittar en 2004 et 2005, et notre première action a été d'opérer en France des enfants souffrant de maladies cardiaques. Il y a eu 200 interventions en six ans", explique Alain Deloche.
"A partir de 2007, nous avons fait venir des équipes d'Ibn Bittar à Paris pour les former, nous avons envoyé du matériel et enfin des médecins français ont opéré dans cet hôpital. Avec cette convention, on passe à la vitesse supérieure" poursuit-il.
Le budget 2011 pour l'Irak de la "Chaîne de l'espoir" se monte à un million d'euros, financé à 70% par Total et le reste par le ministère français des Affaires étrangères.


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