Les Sud-Soudanais célébraient samedi le jour de leur indépendance tant attendue, à quelques heures de la proclamation formelle de la naissance de leur Etat après des années de guerre et de souffrances.
"Aujourd'hui nous allons hisser le drapeau du Sud-Soudan qui va se joindre à la société des nations", a déclaré Pagan Amum, le secrétaire général du parti au pouvoir, le Mouvement de libération populaire du Soudan, s'exprimant devant un mât géant à Juba, la capitale du Sud-Soudan pauvre et sous-développé.
Dès les premières heures du matin, des milliers de personnes ont commencé à affluer vers le lieu prévu pour les célébrations, en chantant et en arborant des drapeaux.
Ce rassemblement sera le plus grand jamais vu dans cette ville au bord du Nil Blanc, où manquent même les infrastructures de base dans un pays qui compte parmi les plus pauvres du monde.
Les ultimes préparations continuent avant la cérémonie historique à laquelle devraient assister environ 30 dirigeants africains et d'autres dignitaires étrangers et occidentaux, dont le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.
La cérémonie d'indépendence se tient au mausolée de l'ancien dirigeant rebelle John Garang, mort quelques mois après la signature de l'accord de paix.
Les parades militaires, les prières et le chant du nouvel hymne national commenceront à 08H15 GMT. La déclaration d'indépendance sera ensuite annoncée, puis le drapeau du nouvel Etat hissé, et enfin, le premier président de l'Etat, Salva Kiir, prêtera serment.
Les autorités sudistes ont indiqué que l'invité d'honneur serait le président soudanais, le Nordiste Omar el-Béchir, sous le coup de mandats d'arrêt internationaux pour génocide et crimes contre l'humanité au Darfour, une région de l'ouest du Soudan toujours en proie à la guerre civile.
Des habitants du Darfour, où s'affrontent les forces de M. Béchir et la rébellion, seront d'ailleurs présents à la cérémonie.
"Nous sommes ici pour féliciter nos frères du Sud pour leur indépendance, et dire à Béchir 'voilà ce qui se passe quand tu opprimes un peuple'", a déclaré Mohammed Jamous.
Quelque 200 partisans du chef rebelle du Darfour, Abdelwahid Nour, arborait une pancarte: "Ensemble, nous devons arrêter le génocide au Darfour et dans les montagnes Nuba".
Ces montagnes sont situées dans l'Etat du Sud-Kordofan dans le nord du Soudan, théâtre de combats sanglants entre troupes gouvernementales et milices pro-sudistes.
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui représentera la France, a annoncé qu'il essaierait d'éviter le président soudanais en restant aux côtés des dirigeants internationaux comme son homologue britannique William Hague.
Samedi matin, des ouvriers achevaient l'installation de la toiture des places VIP, alors que la sécurité a été renforcée avec des chiens renifleurs et des soldats lourdement armés dans les rues.
"C'est un jour spécial", se réjouit Joseph Legge. "Nous sommes impatients de voir le changement des drapeaux, celui du Sud à la place de celui du Nord", dit-il, en allusion à la guerre qui avait opposé le Sud, à majorité chrétien, au Nord musulman.
Toute la nuit déjà, la population a célébré dans la liesse l'indépendance à Juba, la capitale du nouvel Etat, où des feux d'artifice ont illuminé le ciel. "Nous sommes libres ! Nous sommes libres ! Adieu le Nord, bonjour le bonheur!"
L'accession à l'indépendance intervient après plus de 50 ans de guerre- entrecoupée par une période d'accalmie de quelques années- entre les rebelles sudistes et les gouvernements successifs de Khartoum, un conflit qui a dévasté la région, fait des millions de morts et créé une méfiance réciproque.
En 2005, un accord de paix met enfin un terme au plus long conflit d'Afrique et ouvre la voie au référendum au cours duquel les sudistes ont voté pour la scission il y a six mois.
Le gouvernement de M. Béchir a reconnu dès vendredi la future République du Sud-Soudan, bien que des questions clés attendent encore d'être réglées entre les deux pays, comme le partage des richesses pétrolières et le statut de provinces frontalières contestées, dont Abyei.
L'Allemagne et l'Australie ont aussi reconnu le Sud-Soudan qui a besoin de toute l'aide possible pour faire face aux grands défis de construire un Etat stable et prospère. Pour cela, il devra coopérer avec le pouvoir de M. Béchir malgré les tensions.

