L’entretien accordé à notre correspondant à Paris, Élie Masboungi. Photo Tony Hajj
Autour d’un café et des pâtisseries maison préparées et présentées par son épouse, nous recueillons au lendemain de la grande nouvelle les premières pensées et impressions du lauréat admis sous la plus prestigieuse des coupoles avec, les « immortels ».
Jeudi après-midi, dans un salon d’hôtel de la rue des Saints-Pères, à deux pas des bureaux de son éditeur, Olivier Norat (Grasset), et avec lui, il avait attendu la nouvelle avec tout ce que peut ressentir un candidat à l’Académie française.
Le téléphone sonne et Amin apprend le résultat du vote, la plus grande nouvelle de sa vie. Il sera le premier académicien libanais (et un des très rares étrangers) qui portera l’épée et le légendaire habit vert. Sa première pensée va vers sa mère et ses enfants qu’il appelle immédiatement.
Grande émotion, on le devine, puis les assourdissantes sonneries du téléphone. Des appels provenant des quatre coins du monde.
Une trentaine d’académiciens viennent le féliciter. Il en connaît la plupart, mais tous le connaissent par ses écrits. Aujourd’hui, ils le reconnaissent comme un des leurs.
Dans les prochains mois, le processus et les préparatifs d’usage. La longue et minutieuse confection de l’habit vert, la rédaction des écrits à graver sur l’épée de légende. « Le cèdre y figurera certainement », dit-il avant de nous parler de la cérémonie qui l’attend, des discours soumis à de strictes règles. Le sien qui devra porter sur son prédécesseur, le célèbre anthropologue Claude Lévi-Strauss décédé dans sa 101e année.
« Ça tombe bien, dit-il, puisque je suis un grand admirateur et que je me reconnais dans sa pensée. »
La fierté d’être libanais, on la ressent autrement dans ces moments-là, poursuit Amin Maalouf, qui ajoute : « C’est quelque chose que j’avais envie d’offrir à mon pays. »
Sur ses deux dernières candidatures (en 2004 et 2007), il reconnaît qu’il ne les « sentait » pas vraiment et qu’il y était allé avec une certaine naïveté. Mais ce vote par 17 voix sur les trente électeurs, c’était l’aboutissement d’une longue marche et d’un dur labeur.
Pour lui, ce triomphe n’est pas dû à ses livres ou à ses essais, mais à l’ensemble de son œuvre. Pour son éditeur, une joie égale à la sienne.
Les grandes lignes de son discours sont là, mais il faudra les mettre en ordre et les ciseler avec la même précision que les gravures de son épée.
Rendez-vous donc dans huit mois au plus tôt et dans un an au plus tard. Et ce sera l’entrée triomphale à l’académie avec son cérémonial et la séance préliminaire qui aura lieu une semaine avant.
Amin Maalouf se réjouit et se voit déjà en séance. Il est impatient de vivre de grands moments de sa contribution effective à l’essor de la langue et à la grandeur de la culture française.

