Ce spectacle empreint de poésie s'est adressé à tous ceux qui ont gardé leur âme d'enfant et à ceux qui croient en l'art comme salvateur du genre humain. Pour les initiateurs de ce projet, «la créativité est un catalyseur qui renforce l'imagination, favorise la joie tout en élargissant le champ de dialogue et d'échange culturel».
La création artistique (deux performances gratuites) qu'ont proposé donc Dar Onboz et le collectif Kahraba durant trois week-ends consécutifs dans trois grands jardins de la ville est une initiative visant à redonner vie à ces lieux publics tout en instaurant une véritable interaction entre l'espace et le visiteur.
C'est en collaboration avec les municipalités et en espérant plus tard décentraliser cette idée vers d'autres localités du pays que Dar Onboz et le collectif Kahraba - qui travaillent ensemble depuis quatre ans - se sont d'abord installés dans les jardins de Sanayeh, Sioufi, puis à la forêt des pins pour partager avec le public des moments teintés de poésie et de joie.
La propriété publique appartient non à l'État mais à tous les citoyens qui composent cet État, à condition de savoir la respecter, la sauvegarder. C'est dans cette optique-là et avec la plus grande minutie et le souci du moindre détail que ces spectacles ont été réalisés. Les fondatrices de Dar Onboz ont décidé de conjuguer le mot action par le «verbe». Éric Deniaud et Aurélien Zouki, ainsi que Nadine Touma et Sivine Ariss ont planté leur décor et leur chapiteau.
Le jour et la nuit
Le spectacle jour, ou « nhar » Kan fi 3asfour 3al-Chajra est basé sur le recueil de comptines de Najla Jreissati qui a compilé durant 30 ans plus de 400 comptines issues de tous les coins du pays. En plantant chaque graine de «onboz», Téta (marionnette ultraénergique) cultive une comptine. Devant cet arbre, penchant sa tête d'une fenêtre, les oiseaux se mêlent aux avions ainsi qu'à des personnages volant dans une théière ou encore à des écritures à travers une vitre embuée. Le public se prête au jeu et finit par adhérer à cette tradition orale si libanaise et à se replonger dans un univers oublié, celui des taquineries et des jeux de rue. Bref, de
l'innocence.
Deux heures plus tard, la nuit est tombée et le jardin est plongé dans l'obscurité. Le public est le même et les enfants ont repris en silence leurs places. Assis sur des «hassira», une structure de gradins démontables, les spectateurs vont assister à la seconde performance, Sab3aw7. Rassemblant deux techniques, celle du hakawati et celle du jeu d'ombres, les artistes racontent en mots, en gestes et à travers une multitude de personnages taillés dans le laiton l'histoire d'une lune volée et de son sauvetage par une grenouille.
Auteure de ce conte moderne, Nadine Touma égrène ses mots qui résonnent au clair de lune sous le bruitage réalisé par Sivine Ariss. Dans un «dest» éclairé par cette lune ronde, aussi en laiton, se miroitent des ombres.
Mais ces ombres ne sont que le réel d'un vécu. Grâce à cette lune (refuge des amoureux, des mariés et des bavardages de toutes sortes), le monde peut recommencer à raconter des histoires merveilleuses et peut-être... à se réconcilier avec la terre.


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