Cette visite intervient au moment où les talibans alliés à el-Qaëda, qui ont juré de venger Ben Laden, intensifient ces derniers jours une campagne d'attentats extrêmement meurtrière, Mme Clinton évoquant à ce propos un véritable "sacrifice" humain.
La secrétaire d'Etat a rencontré le président Asif Ali Zardari, le Premier ministre, Yousuf Raza Gilani, et le général Ashfaq Kayani, patron de l'omnipotente armée.
Elle est accompagnée par l'amiral Mike Mullen, le chef d'état-major américain.
Une journaliste ayant assisté au début du deuxième entretien a décrit l'atmosphère comme "tendue" et "délicate". Quelques secondes d'images filmées montrent des visages fermés.
La troisième rencontre, la plus attendue par la délégation américaine, devait réunir Mme Clinton, l'amiral Mullen, le général Kayani et Ahmad Shuja Pasha, chef des services de renseignement (ISI).
Les dirigeants américains doivent réclamer au Pakistan plus de coopération contre el-Qaëda et les talibans, ainsi qu'une aide pour favoriser une solution politique en Afghanistan.
La visite intervient au moent où le gouvernement pakistanais, faible et très impopulaire, doit faire face aux récriminations d'une opinion publique très majoritairement anti-américaine et qui paye un très lourd tribut humain à la "guerre contre le terrorisme".
La population reproche au gouvernement et à l'armée non pas la mort de Ben Laden, mais le fait d'avoir laissé des soldats américains pénétrer clandestinement sur son territoire, effectuer leur mission et repartir sans déclencher de réaction.
Les Américains, dans l'ensemble, relèvent le fait que le cerveau des attentats du 11-Septembre ait pu vivre en toute tranquillité plusieurs années dans une ville-garnison proche d'Islamabad, certains accusant le Pakistan au mieux d'incompétence, au pire de complicité.
Ces derniers jours, les talibans ont considérablement intensifié une campagne d'attentats déjà très meurtrière. Plus de 4.400 personnes ont été tuées dans quelque 480 attentats depuis l'été 2007 quand, à l'unisson de Ben Laden en personne, les talibans ont décrété le jihad à Islamabad pour son soutien à Washington depuis fin 2001.
Ce troisième déplacement de la secrétaire d'Etat au Pakistan est accompagné de mesures de sécurité maximales.
C'est sans aucun doute celui qui intervient dans le contexte le plus tendu, même si Mme Clinton a répété, jeudi, qu'il était "dans l'intérêt" des Etats-Unis "d'avoir une relation ample et de long terme" avec le Pakistan.
"Ils doivent maintenant affronter certaines questions très difficiles, que soit ils évitaient de se poser, soit auxquelles ils n'apportaient pas les bonnes réponses auparavant", a déclaré un responsable américain de haut rang dans l'avion de Mme Clinton. Sa visite-éclair doit permettre d'y voir plus clair sur ce que les Pakistanais sont "prêts à faire" contre el-Qaëda et les talibans.
"Ce qu'ils n'ont jamais vraiment saisi, c'est à quel point ils doivent faire beaucoup plus pour se protéger eux-mêmes, et pour protéger nos intérêts, et nous aider à faciliter notre transition en Afghanistan".
C'est en juillet que doit commencer la "transition" afghane, c'est-à-dire le retrait progressif des soldats américains d'ici à 2014.
Dans la délégation américaine, on ne fait pas mystère que l'un des enjeux est la poursuite de l'aide financière massive américaine au Pakistan.
Mais Mme Clinton a dit vendredi à ses interlocuteurs sa "reconnaissance du sacrifice fait chaque jour par les soldats et les citoyens" pakistanais contre les extrémistes.
Elle a aussi rappelé "l'engagement" de l'Amérique "à travailler avec le Pakistan et le soutenir".

