Imane Homsi, une grande virtuose du qanun.
Tout d'abord Imane Homsi. La grande «qanuniste» libanaise fait courir ses petites mains fines avec une vélocité et une virtuosité extraordinaires sur l'instrument, alternant taqasim traditionnels et pièces de sa composition, notamment Sara, œuvre tendre et émouvante, dédiée à sa fille et accompagnée d'une vidéo. Après I.R.M., œuvre rythmique et agitée, composée lors d'un examen dans le tunnel de l'étrange machine à explorer le corps, Imane Homsi offre à un public conquis un bouquet des plus belles mélodies de Philémon Wehbé, dans des arrangements purs et limpides, faits par elle. Imane Homsi est de ces musiciens qui ont donné leurs lettres de noblesse au qanun. Elle en a considérablement élargi le répertoire grâce au développement de la technique des dix doigts et à l'adaptation de pièces occidentales polyphoniques à cet instrument considéré pendant longtemps comme monodique. Elle décrit sa musique comme «une projection de ses sentiments et de ses idées».
Puis viennent Naissam Jalal (Syrie) à la flûte traversière et Hazem Shahine (Égypte) au oud, deux instruments que l'on a peu l'habitude d'entendre ensemble et dont les sons s'accordent tout naturellement grâce à la finesse d'interprétation des instrumentistes. Ces deux musiciens engagés enchaînent quatre pièces de leur composition, passant avec grâce et naturel du taqsim traditionnel à la ballade, tantôt en duo, tantôt en solo, commençant par une pièce douce et mélancolique, Automne à Beyrouth, puis arrivant avec une violence d'abord contenue puis totalement débridée à Gaza taht al-hissar, œuvre qui crie la révolte d'un peuple opprimé.
Enfin, Wassim Soubra. «Il a du soleil au bout des doigts», c'est ainsi que la presse française présente ce remarquable pianiste et compositeur libanais né à Beyrouth et établi en France. En 2006, il s'impose auprès du public français avec son album Bach to Beirut qui explore, à partir du prélude en do mineur, les infinies possibilités de la musique de Jean-Sébastien Bach: Wassim Soubra adapte cette pièce pour son trio «Rhéa» (piano, bouzouk et percussions) et démontre avec un merveilleux brio l'universalité absolue de cette musique sans frontières d'espace et de temps. Puis viennent, en 2009, les Sonates orientales, cycle de pièces mélodieuses et ensorcelantes qui sacrent Wassim Soubra comme l'un des représentants les plus éminents du dialogue musical entre l'Orient et l'Occident. Pour cette soirée, le compositeur a choisi de présenter une chanteuse canadienne, Sienna Dahlen, qui, d'une voix chaude et envoûtante, se lance dans des improvisations d'une agilité et d'une sensualité extraordinaires sur les pièces pour piano de Wassim Soubra, leur donnant ainsi une lecture inédite et une couleur nouvelle.
Plus que jamais on constate avec bonheur la vitalité et la diversité des musiques libanaises, qui, pour ce concert «Paris-Beyrouth», trouvent, en l'Institut du monde arabe, un magnifique écrin.
Zeina SALEH KAYALI
Chargée de mission à la Délégation du Liban près l'Unesco


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