Weiwei a été arrêté le 3 avril à Pékin alors qu'il tentait de se rendre à Hong Kong./
Ce dernier a été arrêté le 3 avril à Pékin alors qu'il tentait de se rendre à Hong Kong, pour rejoindre l'Allemagne et d'autres pays d'Europe.
Ai Weiwei, qui a participé à la conception du célèbre "Nid d'oiseau", le stade des Jeux olympiques de Pékin en 2008, s'est souvent heurté au pouvoir chinois en le critiquant ouvertement ou en défendant des causes humanitaires.
Son arrestation n'a pas empêché l'exposition de Lucerne, qui met également en valeur toute une génération de jeunes artistes chinois, peu connus en Occident.
Par leur interprétation subtile de l'art millénaire du "shanshui", qui signifie littéralement "montagne-eau" et consiste à peindre à l'encre des paysages naturels sur des rouleaux, ces artistes jettent également un oeil critique sur leur société.
L'exposition se veut "un pont entre deux cultures", a expliqué le directeur du musée Peter Fischer, selon lequel il existe "un grand intérêt" pour l'art contemporain chinois.
"Le public européen n'est pas familier" avec cet art, a renchéri l'artiste suisse Uli Sigg, commissaire de l'exposition, lors d'une conférence de presse.
Pour M. Sigg, un des plus grands collectionneurs d'art contemporain chinois avec 2 100 oeuvres, les artistes de l'Empire du Milieu entretiennent "un rapport ambigu à l'Histoire" chinoise et doivent "reconstruire les relations aux racines" historiques de leur pays.
L'art du "shanshui" leur a permis de se réapproprier cette histoire, selon MM Fischer et Sigg.
L'artiste Yuan Xiaofang peint ainsi sur ses toiles des avions de combat et hélicoptères survolant des paysages aux couleurs vives. Liu Wei a pour sa part réalisé une immense photographie en noir et blanc de corps nus enchevêtrés, tandis que Feng Mengbo a créé une peinture murale géante assistée par ordinateur.
D'autres artistes se sont éloignés du support mural classique, tel Jin Jiangbo et son installation interactive. L'activation des cordes d'une harpe fait ainsi changer des paysages sur des écrans géants.
Mais l'absence d'Ai Weiwei, qui était invité en tant que commissaire aux côtés de MM Sigg et Fischer, ne manquera pas de planer sur l'exposition qui dure jusqu'au 2 octobre.
La discussion initialement prévue samedi avec l'artiste chinois emprisonné a ainsi été remplacée par un débat sur "la ligne rouge entre l'art et la justice".
"Il était logique qu'Ai Weiwei participe à cette exposition à laquelle il a largement contribué", a estimé M. Sigg. Le directeur du musée "regrette" quant à lui que "l'événement (soit) assombri" par l'incarcération de l'artiste.
Le projet n'a pas été touché par sa mise en détention même si Ai Weiwei n'a pas pu apporter les dernières retouches à ses installations, ont souligné les organisateurs.
Alors que Pékin tente d'étouffer dans l'oeuf une possible contestation inspirée par les soulèvements dans le monde arabe en procédant à des dizaines d'arrestations, l'incarcération de l'artiste a provoqué un tollé dans la communauté internationale qui s'est mobilisée pour obtenir sa libération.
"Cette pression n'est pas vaine", a assuré M. Sigg.

