"C'est un collage de différents temps, différentes histoires, différentes biographies", explique Michal Rovner./
Pendant trois semaines, des maçons palestiniens et israéliens ont monté pierre à pierre ces deux "Makom" ("espaces" en hébreu) dans la cour Napoléon, près de l'entrée du musée qui consacre une exposition à cette artiste contemporaine.
Le premier "Makom", de forme cubique, est composé de pierres calcaires, que la plasticienne, née en 1957 en Israël, a trouvé dans les décombres d'habitations de Jaffa, Ramallah, Jérusalem, Naplouse ou Bethléem.
Cet édifice compact de 40 tonnes, fait de pierres blanches non retaillées, qui se touchent, a été présenté à New York en 2008 par la galerie Pace. Il a été remonté à Paris pour l'occasion.
"C'est un collage de différents temps, différentes histoires, différentes biographies", explique Michal Rovner, qui vit près de Tel Aviv.
"Ce sont de vrais gens qui ont vécu au milieu de ces pierres. Leurs histoires se touchent. Cela parle du vivre ensemble", ajoute l'artiste marquée par les conflits socio-politiques du Moyen-Orient dont l'origine remonte, souligne-t-elle, à des temps très lointains.
Le deuxième "Makom", 70 tonnes, est une nouvelle création, conçue spécialement pour cette exposition au Louvre. Fait de pierres volcaniques noires, l'édifice est fendu en diagonale et à moitié en ruine.
Michal Rovner est allée chercher ces pierres dans le Golan, à la frontière avec la Syrie, sur une faille, indique Marie-Laure Bernadac, chargée de l'art contemporain au Louvre et commissaire de l'exposition.
"Cela m'a pris un an de bâtir cet édifice dans mon jardin", explique l'artiste. L'oeuvre a ensuite été démontée, transportée en bateau, puis reconstruite au Louvre à côté de la Pyramide de l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei.
"Construction, déconstruction. On est sur un mystère. Faut-il casser les murs pour réunir les peuples ? Est-ce la ruine?", s'interroge Mme Bernadac.
Michal Rovner est à la fois photographe, vidéaste et réalise des installations. Le Whitney Museum à New York lui a consacré une rétrospective en 2002. L'artiste a représenté Israël à la Biennale de Venise en 2003.
Elle a déjà exposé à Paris, au Jeu de Paume, en 2005, ce qui a permis au public français de la découvrir.
Les deux "Makom" de la cour Napoléon, qui resteront dans la cour Napoléon jusqu'au 24 octobre, sont un peu "l'iceberg de l'exposition", souligne Mme Bernadac. Elle se poursuit en effet jusqu'au 15 août à l'intérieur du musée avec deux projections géantes sur les remparts des fossés médiévaux et au département des Antiquités orientales.
L'artiste a intitulé son exposition "Histoires". "Je m'intéresse à différentes époques, au regard du passé ici mais aussi au regard de l'endroit d'où je viens", dit-elle. "C'est important de pouvoir transposer mon oeuvre dans d'autres lieux", ajoute-t-elle.
Pour permettre à ses constructions d'être déplacées, Michal Rovner utilise une technique classique en archéologie : la numérotation de chaque pierre. Chacun des édifices peut ainsi être déconstruit et reconstruit.

