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Culture

Riche palette contemporaine du pays de Sayat Nova

Exposition Une trentaine d'huiles, acryliques, mixed-media et aquarelles, de formats et dimensions variés, tous enfants du pays de Sayat Nova, représentent avec éclat et couleurs des paysages, des variations de création et des personnages de l'Arménie. Vitalité et énergie d'une peinture à l'inspiration et aux techniques multiples, exposée aux cimaises de l'AGBU Demirdjian Center à Antélias.
01/04/2011
Placée sous le signe de la générosité et de l'aide caritative pour les étudiants nécessiteux, cette exposition, un don de la galerie Noah's Ark, offre un beau florilège de l'art pictural moderne arménien contemporain.
Six peintres et non des moindres, du pays de Grégoire l'Illuminateur, donnent l'occasion de découvrir les richesses d'une création singulière dans sa beauté et sa spécificité. Les œuvres, de Suren à Yuroz, en passant par celles de Vahram Davtian, Vahan Roumelian, Edik Pertian et David, sont ici les éloquents porte-parole d'un art aux ramifications et sous-bois insoupçonnables et insoupçonnés, dans sa richesse, sa diversité et sa beauté.
Promenade impromptue et sans contrainte entre abstraction, surréalisme, néoclassicisme et représentations de la nature. Un mélange de genres qui s'harmonise avec naturel, donnant la priorité à l'invention du trait, du dessin, de l'architecture d'une toile. Et surtout de l'opulence et du ramage des couleurs jaillies de la lumière du pays des «khatch kar» (les croix taillées dans la pierre).
Une ronde qui commence en toute pudique sensualité, avec les femmes au teint d'albâtre de Suren. Des femmes dénudées, dans des décors vénéneux entre étoffes à motifs «klimtiens» et poses alanguies. Comme un conte à la fois cruel, drôle et mystérieux, Vahram Davtian déploie ses personnages fantasques et déroutants. Dans une Renaissance aux contours pointus et raffinés, son surréalisme «superdalinien», revisitant hennin et tourelles à donjon, a des effets ravageurs. Son imaginaire enfiévré pimente les images, entre ombre et lumière, d'une atmosphère de folie et de cauchemar. Une atmosphère captivante et qui ne laisse pas de marbre.
Changement de ton avec le graphisme tachiste et près d'une écriture à la Mathieu avec les éblouissantes éclaboussures de Vahan Roumelian au pinceau sûr et virtuose. Active intuition du geste et savant équilibre du noir, du rouge carmin et des striures du blanc qui se fondent au corps de la toile. Couleurs volcaniques et éruptives pour des images éclatées et éclatantes.
Impénitent amoureux de chaque coin de la terre et du ciel de l'Arménie profonde dans ses tendres hameaux, ses églises abandonnées, la grandeur et la misère de ses villages oubliés, Edik Pertian, rescapé des horreurs et ballottement du génocide arménien, perpétue avec un talent émouvant, mais sans misérabilisme, la notion de ces peintures dites naturalistes où le paysage est un moment de libération, de paix et d'émotion intense. Hymne à la terre et chant des couleurs pour ces toiles où vibre la lumière et où luit une certaine étincelle de vie simple, humble, chargée d'espoir malgré toutes les noirceurs d'un quotidien, hélas, guère toujours clément... Contre la misère, la déchéance, le dénuement, la dépossession et les déboires humains, la beauté des frondaisons, l'émerveillement devant un pan de ciel, le murmure des arbres sous la caresse du vent.
Monde de théâtre et presque de sophistication pour ces personnages du Grand Siècle, avec des collerettes amidonnées, des crinolines comme des montgolfières, des chausses blanches, des jabots en canons de dentelle pour David dont les canevas sont de vraies histoires galantes. Avec un soupçon d'humour, de poésie, mais aussi une imperceptible pointe d'ironie. Plaisir des yeux certes, mais aussi plaisir (et jubilation) de peindre des costumes d'époque d'une incroyable finesse et précision. Un monde qui s'apparente vaguement, tel un sage arrière-cousin, à celui de Vahram Davtian, troublant dans son délire systématiquement organisé... Le surréalisme, faussement figé et compassé de David, ne manque ni de piquant ni de couleurs audacieuses avec, en filigrane, de malicieux clins d'œil au monde contemporain et à ce qui est universel.
Une aquarelle de Yuroz, l'artiste à qui le Vatican a demandé en 2009 de peindre une toile pour Arcangelo Tadini, le nouveau saint canonisé par le Saint Siège. Une femme devant son verre de vin rouge. Cheveux frisés, regard rêveur et lèvres pulpeuses vermillonnées... voilà l'éternel féminin (un peu à la Picasso) capté par le pinceau d'un peintre qui ne dédaigne ni le cubisme ni le constructivisme. Mais où palpitent toujours en force l'essence et l'âme humaine.

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