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Culture - Photographie

Joe Kesrouani en « altitude »

En signant une série de photos de paysages prises dans la montagne de Faraya et de la région de « Sadd Chabrouh », exposées jusqu'au 28 avril à l'étage du restaurant Ginette*, Joe Kesrouani prend de l'altitude et repousse les limites de son travail photographique.

Les trois éléments se rejoignent sous l’objectif de Joe Kesrouani. Photo Michel Sayegh

« Altitudes 01CP » (cool processing) est une petite fenêtre d'« Altitude 01WP » (warm processing) qui aurait dû avoir lieu à Tokyo en juin prochain. Elles sont couleur dé-saturées. « D'un bleu prusse », précise l'artiste. Ces photographies ont été captées en une seule journée, alors que le brouillard et le vent faisaient un duel dans un ciel changeant. Elles ne ressemblent en rien aux idées préconçues d'un paysage libanais. Vision à la fois apocalyptique et jurassique, panorama d'une ère ancienne et nouvelle, la terre libanaise n'a jamais paru aussi corporelle. Charnelle. Elle traduit à la fois la puissance de la nature et la main de l'homme.
Sous le regard observateur de Joe Kesrouani, la carapace terrestre a mué et sa peau a pris de l'âge. Ses strates sont à l'image d'écailles, et son sable rocailleux rappelle les sites aztèques et mexicains. Cette terre, vue de près (« comme si on la regardait d'une fenêtre », signale Kesrouani), flirtant tantôt avec l'horizon, tantôt avec l'eau, et se laissant caresser par les nuages, ondule telle une odalisque. Pour le photographe, pénétrer dans la matrice de la terre est comme entrer au creux de la femme.
La vieille dame aux courbes féminines généreuses porte en effet dans ses pans des millénaires d'histoires et de civilisations, des stigmates et des écorchures. Dans les images de Kesrouani, loin, très loin des cartes postales bien léchées - « retravaillées sur trois logiciels, dit-il, pour obtenir ce résultat » -, ce n'est plus cette surface terrestre bien lisse qui y est représentée, mais ses entrailles profondes et lourdes de blessures. Le photographe regarde, interroge et vise. Son objectif est à la fois son arme et son âme.

Les champs sensoriels
Comment créer des visions nouvelles ? Comment dépoussiérer les « a priori » du jugement, les clichés bien encastrés de l'esprit ? Comment confronter le diktat des idées reçues pour en cimenter des images vierges, fraîches comme un nouveau-né ? C'est ce à quoi s'attèle Kesrouani depuis le début de sa carrière de photographe. Cet artiste qui effectue un incessant aller-retour entre la peinture et la photographie, sondant au fil des jours l'œil et ses multiples possibilités et acuités, invite le regard à se plonger dans cette série de paysages lunaires, ouvrant la voie à un éventuel débat personnel. Que voit-on ? Voit-on avec le cœur, l'esprit, ou simplement avec le regard des autres ?
Joe Kesrouani n'a plus besoin d'être présenté ni de faire ses preuves. Ses différents témoignages et choix artistiques ne sont que l'illustration de cet homme en conflit permanent avec ce qui l'entoure, en perpétuelle recherche du soi. Ne jamais copier et se laisser piéger par un système, une mode, tel a toujours été son défi. Toute vague pour lui est une nouvelle vague, à prendre avec justesse et authenticité. Qu'importent les risques, « puisque l'exaltation existe », affirme sans hésitation l'artiste. Imprégné par les paysages et auparavant par une galerie de portraits publics qu'il a réalisée, Joe Kesrouani ne reproduit pas des images, mais produit tout simplement le sensoriel. Si ses créations visuelles ne sont que le processus d'un long travail intérieur, l'artiste avoue déployer tous les moyens qui sont en sa possession, techniques ou autres, pour traduire sa vision personnelle des choses.

*Ginette (rue Gouraud, Gemmayzé) Tél. : 70/575077.
« Altitudes 01CP » (cool processing) est une petite fenêtre d'« Altitude 01WP » (warm processing) qui aurait dû avoir lieu à Tokyo en juin prochain. Elles sont couleur dé-saturées. « D'un bleu prusse », précise l'artiste. Ces photographies ont été captées en une seule journée, alors que le brouillard et le vent faisaient un duel dans un ciel changeant. Elles ne ressemblent en rien aux idées préconçues d'un paysage libanais. Vision à la fois apocalyptique et jurassique, panorama d'une ère ancienne et nouvelle, la terre libanaise n'a jamais paru aussi corporelle. Charnelle. Elle traduit à la fois la puissance de la nature et la main de l'homme.Sous le regard observateur de Joe Kesrouani, la carapace terrestre a mué et sa peau a pris de l'âge. Ses strates sont à l'image d'écailles, et son sable rocailleux...
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