A Sadr City, leur bastion à Bagdad, comme dans une dizaine d'autres villes, des foules de manifestants se sont dit prêtes à voler sur le champ au secours des Bahreïnis, deux jours après l'assaut meurtrier lancé contre les protestataires qui campaient dans le centre de Manama pour réclamer des réformes.
"Avec notre âme, avec notre sang, nous sommes prêts à nous sacrifier pour toi, Bahreïn", scandait la foule à Sadr City, où plus de 6.000 personnes ont défilé pendant une heure après la grande prière, brandissant des drapeaux d'Irak et de Bahreïn ainsi que des portraits de Moqtada Sadr et de son père, l'ayatollah Mohamed Sadeq al-Sadr, assassiné en 1999.
"Nous marcherons jusqu'à Bahreïn si Moqtada nous le demande", a déclaré à l'AFP Hussein Jabbar, un ouvrier de 32 ans, tandis que des manifestants transportaient l'effigie d'un âne symbolisant l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ces pays du Golfe qui ont envoyé leurs forces de sécurité aider le régime bahreïni.
Juste après la prière, Maytham al-Jamri, un opposant bahreïni, a harangué les manifestants en leur racontant la situation dans son pays.
"Ils sont en train de tuer ma famille à Bahreïn, j'ai appris qu'ils étaient venus chez moi et avaient battu ma mère et mes soeurs", a-t-il dit au micro. "Même s'ils essaient 70 fois de nous tuer, je jure devant Dieu que nous finirons par les faire tomber."
La violente répression des manifestations à Bahreïn a suscité l'indignation des chiites, majoritaires en Irak. Des mercredi, des milliers de partisans de Moqtada Sadr étaient descendus dans les rues quelques heures seulement après un appel à manifester de leur leader, qui avait en outre appelé à une vaste mobilisation ce vendredi.
Par solidarité avec l'opposition bahreïnie, le guide spirituel de la communauté chiite, le Grand Ayatollah Ali Sistani, a suspendu vendredi l'étude dans les écoles religieuses de Najaf, une des villes saintes du chiisme au sud de Bagdad.
Quelques centaines de personnes, y compris des femmes, ont manifesté dans cette ville à l'appel du Conseil suprême islamique en Irak (CSII), un autre parti religieux, conspuant côte à côte des photos du roi de Bahreïn et de l'ex-président irakien Saddam Hussein.
Mais ce rassemblement n'a pas drainé autant de protestataires que les manifestations organisées par le courant sadriste. Ils étaient ainsi près de 5.000 dans la ville portuaire de Bassora (sud), 3.000 à Samawa (sud), 2.000 à Koufa (sud) ou encore 3.000 à Nassiriya (sud), où les manifestants ont hué les noms de l'Arabie saoudite et des Emirats.
Dans les provinces multiconfessionnelles au nord de Bagdad, des manifestations ont rassemblé près de 3.000 personnes à Jadidat al-Chat, 2.000 à Khalis et 500 autres à Baqouba et Kirkouk.
Ces rassemblements ont éclipsé les mobilisations qui ont eu lieu vendredi à Souleimaniyeh ou Ramadi pour dénoncer le manque de services ou la corruption.
L'Irak est depuis début février le théâtre de manifestations sans précédents d'une partie de la population excédée par l'inefficacité, selon elle, des différents échelons du pouvoir en Irak.
Face à la grogne, le Premier ministre Nouri al-Maliki a donné 100 jours à ses ministres pour faire leurs preuves. Moqtada Sadr, dont le courant participe au gouvernement, a tenu ses partisans à l'écart de ce mouvement de contestation.

