Cape, jupe longue et manches en fourrure pour l’automne-hiver 2011-2012 chez Chanel, Paul & Joe et Sonia Rykiel. Photo PixelFormula
Peu importe la richesse des velours ou la légèreté des volants, le dernier défilé de John Galliano pour Dior s'est déroulé vendredi dans une atmosphère alourdie par l'absence du couturier britannique, écarté de la maison et poursuivi pour injures racistes.
Fait rarissime, le PDG de la maison, Sidney Toledano, est arrivé sur scène juste avant le spectacle, pour dénoncer les propos « intolérables » de M. Galliano, une « épreuve » particulièrement « douloureuse » à vivre pour la maison de luxe dont les valeurs restent « intactes », a-t-il assuré.
« Chacun chez Dior, qui s'est donné corps et âme à son travail, est stupéfait et attristé par ces paroles inqualifiables », a-t-il ajouté, rendant hommage aux ateliers qui, le « cœur serré », ont fait aboutir cette collection pour l'hiver prochain. Il a aussi rappelé que la sœur de Christian Dior avait été déportée à Buchenwald.
Le top model russe Natalia Vodianova, sans doute la seule vraie célébrité à avoir assisté au défilé qui se voulait sobre, a estimé qu'il ne fallait pas retenir du couturier « que le
scandale ».
« John est sous l'influence d'une maladie contre laquelle il se trouve impuissant, l'alcool fait faire des choses monstrueuses aux gens », a-t-elle déclaré aux caméras, alors que plusieurs mannequins sortaient en larmes des coulisses, interdites exceptionnellement à la presse.
La très influente directrice artistique du Vogue américain, Grace Coddington, interrogée par l'AFP, a laissé entendre son admiration pour le créateur : « Mes impressions ? De très beaux vêtements, tout simplement. On verra bien ce que (la marque) arrivera à sortir la prochaine fois. »
C'est le mannequin fétiche de Dior, l'Américaine Karlie Kloss, qui a ouvert le défilé. Pas d'attitude provocante cette fois : sous sa cape, elle avait les mains posées sur les hanches, pour dévoiler la petite veste en cuir en dessous, son visage mangé par un large chapeau. Côté vêtements, tous les codes de la maison, son « ADN » comme on aime dire dans le milieu de la mode, étaient bien présents, tailles marquées et robes du soir façon nuisette. Toutefois, les couleurs se faisaient rares : beaucoup de pastel pour les robes courtes, sauf un bustier en velours rouge profond prolongé d'organza, ou cette robe aubergine à volants, intercalant quelques touches amusantes de fourrure.
Au final, moment redouté car c'est là qu'apparaissait Galliano dans des effets toujours spectaculaires, une bonne quarantaine d'ouvriers et d'ouvrières des ateliers sont arrivés sur scène, en blouse blanche. Une page se tourne.
Lanvin
« Se poser au pied d'un arbre, c'est très désirable. C'est souvent ce bien-être qui nous manque » dans le quotidien, a expliqué le styliste Alber Elbaz en coulisses, voulant y voir « un signe d'optimisme ». D'abord des tailleurs jupes réchauffés de manteaux dans le même tissu, dans des couleurs plus hivernales. « C'est assez sobre, assez épuré », commente M. Elbaz, mais aussi très structuré, avec d'immenses broches ou bijoux dorés.
Sous le regard de Nathalie Baye, au premier rang, et de l'actrice anglaise Rosamund Pike, défilent des manteaux rouge ou camel, aux poches surlignées d'une baguette dorée. « J'ai joué sur un côté un peu strict et, de l'autre, plein de fleurs, de joie et de légèreté. Pour refléter la vie des femmes », explique le couturier.
Cité parmi plusieurs noms comme possible successeur à M. Galliano chez Dior, M. Elbaz a refusé de commenter ces rumeurs.
Hermès
Hermès a présenté le premier défilé de Christophe Lemaire, ancien directeur créatif chez Lacoste, dans sa nouvelle boutique parisienne installée dans une ancienne piscine. Il succède à Jean-Paul Gaultier, qui créait jusque-là le prêt-à-porter féminin de la marque, en plus de ses propres
collections.
Aux influences multi-ethniques, comme cette tunique en daim portée à même la peau façon Pocahontas, la collection pour l'hiver prochain se resserre sur les codes de la maison, le cuir et toutes les peaux, les couleurs caramel et beige et l'orange vif maison, décliné notamment en tunique de soie.
Yves Saint Laurent
Lignes fluides, principalement du blanc et du noir, et des tailleurs pied-de-poule imaginatifs : la collection Yves Saint Laurent pour l'hiver prochain a renoué lundi soir avec un certain classicisme, offrant une grande cohérence visuelle.
Sous le regard d'Isabelle Huppert ou Kristin Scott Thomas, au premier rang, apparaît un premier manteau en tweed gris, habillé de bottes en daim noir lacées devant.
Les mannequins, coiffées à la garçonne avec une raie sur le côté et une mèche gominée ramenée dans un strict chignon, enchaînent avec des tailleurs jupe courte ou pantalon dans des variations de gris, souvent dépareillés comme cette jupe plus sombre ou cette veste en maille noire dans le dos.
Pour le soir, le styliste italien Stefano Pilati se concentre sur le blanc, proposant des combinaisons pantalon, ornées d'une fine ceinture dorée, ou un smoking aux proportions idéales. Les robes virevoltent agréablement en superposant des couches d'organza.
Céline
Phoebe Philo, la styliste britannique de Céline (groupe LVMH), reste adulée des fashionistas pour la sobriété de son élégance et son vestiaire brouillant les lignes entre le jour et le soir, destiné aux femmes qui veulent pouvoir passer du bureau à un cocktail chic sans se changer.
Le spectacle s'ouvre sur des manteaux réchauffant d'étroits pantalons ornés d'une bande en cuir sur le côté qui s'ouvre, au niveau de la cheville, sur un petit zip. La bande en cuir, assez large, se retrouve sur une grande partie de la collection : cette robe marron glacé, à l'intérieur des manches, ou ces ensembles blouse et jupe où, toujours verticale, elle se mêle à l'organza, dans un jeu de contrastes entre rigidité et souplesse, cuir mat et transparences. Les chaussures sont souvent bi-matières, la pointe en daim, le talon vernis.
Les couleurs sont plutôt classiques, gris, noir et marine, kaki et marron, mais aussi une touche d'orange safran, sur le revers d'un manteau de fourrure ou ce petit pull sage aux manches courtes.
Stella McCartney
L'Anglaise Stella McCartney a réveillé les fashionistas lundi matin avec une bande-son énergique et un vestiaire chic et désinvolte. Stella McCartney pense aux femmes actives, qui veulent être élégantes sans perdre de temps et sans compromettre leur confort. Elle leur propose du choix, ouvrant son défilé avec de simples ensembles plissés noir ou bleu vif, structurés mais souples, qui ont une allure folle sans nécessiter le moindre
entretien.
Sur une bande-son de hip-hop, son vénérable père, le « Beatle » Paul, aux côtés de la comédienne américaine Liv Tyler ont admiré des vestes d'homme allongées en manteaux, portées sur des chemisiers-tuniques en soie ivoire et à col Mao.
Le velours s'allie à des matières « stretch » sur un ensemble bleu intense ou des robes juxtaposant plusieurs couleurs dans les mêmes tons.
Pour le soir, des pastilles brodées sur du tulle flottent autour des robes, en noir ou blanc.
La rousse Stella, en simple jean et blaser, salue sur la chanson nostalgique des Beatles For no one (album Revolver), avant d'aller chercher ses enfants en coulisses.
Chloé
La marque Chloé, dans l'après-midi, a dévoilé une collection dynamique et variée pour l'hiver prochain, sa styliste - encore une Britannique - Hannah MacGibbon élargissant sa palette de couleurs douces à toutes sortes de verts, au bordeaux, l'une des couleurs phare de la saison, et à différents jaunes.
Les cheveux lâchés, les modèles ont donné vie à d'amples pantalons en cuir, des manteaux capes, des combinaisons pantalon aux motifs python ou serpent, et une drôle de salopette de pêcheur en cuir noir.
Chanel
Dans l'ombre des arbres calcinés, le sol ravagé par une éruption volcanique, les modèles de la maison Chanel émergent de la brume sous le logo de la maison, présentant une collection pour l'hiver prochain épurée et garçonne, axée sur le noir.
« C'est une forêt nordique, où tout a brûlé. Ces filles viennent d'un autre monde. Ce côté dévasté, je trouve ça assez chic », commente le couturier Karl Lagerfeld sous la verrière du Grand Palais.
Pour résumer la collection, il renvoie au top-model Freja, « ma fille préférée », Danoise androgyne choisie pour porter deux tenues emblématiques. D'abord un pantalon noir à large revers posé sur des bottines et deux vestes noires superposées, puis une combinaison pantalon court en dentelles noires pour le soir : « Le côté garçonne est contrasté par la dentelle et la transparence ».
Saturé de couleurs, « Karl » rappelle que la collection sombre, avec à peine quelques touches de vert forêt et de rouge profond, n'est pas destinée à être « portée à Ibiza » : « On vient de quitter l'été, c'est la rentrée, on a envie d'autre chose. En hiver, j'adore la brume, je trouve ça assez poétique. »
Pour ce prêt-à-porter de luxe, il vise une silhouette jeune, puisant dans le vestiaire masculin comme aimait à le faire Coco Chanel. « Je ne voulais pas que ça fasse "bourge". Mlle Chanel, c'est l'antibourge même ! », rappelle-t-il.
Interrogé sur l'affaire Galliano, qui a assombri le début de cette Fashion Week parisienne, il a souligné : « C'est dommage, ça donne une très mauvaise image de la mode. Après on passe tous pour des dingues et des drogués ! » Lagerfeld s'est ensuite abondamment exprimé sur la chute spectaculaire de son confrère britannique.
« Quand on se trouve à la tête d'une immense affaire, on est obligé de tenir la boutique et de ne pas se laisser aller. Et ne me parlez pas du stress (des collections), c'est un peu facile tout ça. Si on a le trac, il faut faire un autre métier. »
« Moi j'essaye de me réinventer, pour que ça ne se répète pas. 90 % de ce que je fais, (Mlle) Chanel ne l'avait pas fait avant », a-t-il ajouté.
Vuitton
Des soubrettes dépoussièrent la rampe de l'escalier au plumeau, les grooms en casquette se tiennent bien droit devant quatre cages d'ascenseur aux grilles dorées : bienvenue à l'hôtel Vuitton, le défilé va bientôt commencer.
Des chemisiers noirs à petit col Claudine dentelé en cuir blanc rappellent l'uniforme des femmes de chambre et se portent avec de petits gants très courts mettant en valeur la délicatesse du poignet.
« Je passe une bonne partie de ma vie dans les hôtels et j'aime observer leur vie secrète, notamment le ballet des call-girls, maîtresses et épouses », explique en coulisses le styliste Marc Jacobs, particulièrement attentif à ce que « portent les femmes le lendemain, autre chose ou la même tenue que la veille au soir ? »
La collection Vuitton pour l'hiver prochain tourne autour du fétiche, « pas forcément sexuel, mais plutôt l'obsession folle qu'ont certaines clientes pour un sac iconique, ce désir souvent irrationnel pour les objets que nous fabriquons », explique Marc Jacobs.
Les grandes tendances à retenir
En attendant le printemps, les défilés de la Fashion Week qui se terminaient mercredi à Paris ont présenté les collections pour l'automne-hiver prochain. Comment s'habilleront les femmes ?
- La couleur explose : les rouge sombre et bordeaux sont très présents, côtoyant une large palette de bleu et vert - vert canard, turquoise et vert sombre « forêt ».
- Le retour de la jupe : pas de shorts ou de bermudas, et peu de pantalons. Les rares exemplaires aperçus sur les podiums sont plutôt étroits et s'arrêtent à mi-mollet. En revanche, la combinaison-pantalon s'est beaucoup vue, y compris en dentelles pour le soir, mais pas sûr que cette tendance prenne.
- Disparition du jean : il reste le vêtement incontournable dans la rue, mais a curieusement presque complètement disparu des défilés, alors que ces dernières saisons, le prêt-à-porter de luxe en vendait beaucoup au prix fort.
- Le retour de la longueur : cachez vos genoux ! Robes et jupes se prolongent, tout comme les manteaux qui frôlent parfois le sol. De façon générale, les créateurs, même les plus échevelés, ont présenté des modèles « portables » visant une clientèle plus âgée (40-60 ans).
- Capes : le trench indémodable reste présent et se choisit volontiers brillant. Mais la cape fait un retour remarqué.
- Manches en fourrure : sur les vestes et manteaux, vraie ou fausse fourrure reste très présente. Mais elle se contente le plus souvent des manches, archivolumineuses, et du col.
- Les simples bottes détrônent la cuissarde, désormais « has been ». Et côté chaussures, c'est le retour de la « baby », chaussure fermée à simple bride perchée sur un talon modéré et large.
- Vu encore dans plusieurs collections, des robes et ensembles en tissu écossais, façon plaid à franges dans lequel on s'enroule.


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