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Culture - Festival Al-Bustan

Gautier Capuçon, ou le bonheur de vivre en musique

Un coup d'archet sublime pour le violoncelliste Gautier Capuçon qui a subjugué l'auditoire à l'Assembly Hall (AUB) dans le cadre du Festival al-Bustan dans ses ramifications hors de Beit-Méry. Pour ce brillant dialogue entre violoncelle et clavier, derrière les touches d'ivoire, maestro Gianluca Marciano au meilleur de sa forme. Un moment intense (et contagieux) pour un vrai bonheur de vivre en musique.

Avec un talent exceptionnel, Gautier Capuçon transmet un message ou raconte une histoire.

Salle comble pour un temps presque maussade avec un menu aux teintes romantiques. Un menu concis où, de Beethoven à Brahms, le violoncelle a toutes les éloquences sans réduire pour autant au silence ou à la citoyenneté de seconde zone l'incomparable richesse harmonique du piano.
Cheveux châtains clairs, costume bien taillé et cravate sur chemise blanche, Gautier Capuçon n'a pas volé sa redoutable réputation de «belle gueule et beau talent» car, dès les premières mesures, péremptoire, le charme opère...
Ouverture tout en légèreté avec les «Sept variations pour violoncelle et piano», tirées de la Flûte enchantée de Mozart, de Beethoven. Œuvre ensoleillée, délicate et élégante, tissée avec un équilibre magique telle une exquise miniature, telle est cette pièce du maître de Bonn. Pièce qui s'instaure en un évident préambule et prologue pour le dialogue à fleurets mouchetés entre le violoncelle qui a là toutes ses voluptueuses lettres de noblesse et le clavier toujours surprenant, toujours d'une inépuisable verve
sonore.
Dans le sillage beethovenien, c'est à juste titre qu'on écoute ici la Sonate n° 3 en la majeur op 69 (l'une des meilleures cinq sonates pour violoncelle et clavier du compositeur de la Kreutzer) avec ses quatre mouvements (allegro ma non tanto, scherzo, adagio cantabile et allegro vivace) au lyrisme tendre et chaleureux. Clavier et archet ont, dans ces pages frémissantes de vie, des accords, des désaccords, des compagnonnages, des bouderies, des arpèges et des réparties vifs et
concertants.
Après l'entracte, entrée en catimini dans les sous-bois de la Forêt noire avec un Brahms rêveur et solitaire. Pour cette Sonate n° 1 pour violoncelle et clavier en mi-mineur op 38, les deux instruments rivalisent de beauté sonore et de richesse d'harmonies et de cadences. Pas de virtuosité, mais de l'émotion, du sentiment, des confidences par bribes et à contre-jour.
Un nuage de mélancolie et une poésie diaphane pour une randonnée lente et méditative où les feuilles d'automne crissent sous les pas, où les échos d'une vie ont des reflets insaisissables, où les échos des amours jamais terminées sont source de langueur, de douceur, de réconfort et de quelque révolte et désespoir.
Un violoncelle, enlacé et caressé avec dévotion, aux pizzicati surprenants, avec des accents graves et profonds comme l'âme d'une forêt, avec une voix qui a l'étonnante souplesse des voix humaines. Un violoncelle sensuel qui chante, pleure et mugit comme le vent. Un violoncelle qui tambourine comme la pluie sur les toits et les vitres. Un violoncelle aux reflets boisés et changeants. Un violoncelle qui a toujours une qualité et une netteté de sons supérieurs.
Ex-enfant prodige et musicien précoce, lauréat des Victoires de la musique en 2001, Gautier Capuçon, par-delà tout talent exceptionnel, n'en est pas moins un homme de labeur. En témoignent ces propos lors de l'une de ses entrevues: «On a toujours besoin de travailler pour avancer. On n'a jamais fini d'améliorer un son, de chercher encore plus loin. C'est la découverte perpétuelle. On cherche vraiment toute une vie, et une vie de musicien ne suffit même pas. La musique est vivante, et c'est cela qui importe le plus. On transmet un message, on raconte l'histoire qu'un compositeur a écrit, on essaie d'être le plus proche de ce qu'il a écrit. C'est vraiment le partage qui est important.»
Standing ovation pour une performance sans faille. Perfection d'une interprétation au-dessus de tout éloge et que, depuis longtemps, les mélomanes chevronnés des scènes beyrouthines n'ont applaudi avec autant de sincérité.
En bis, comme un songe qui se prolonge, la Méditation de Thaïs de Massenet (initialement vouée aux trémolos du violon) avec son flot de volupté et de religiosité sulpicienne que le fougueux jeune violoncelliste traduit en terme d'un lyrisme décapant.
Nouvelle tempête d'applaudissements, mais c'est avec grâce que les deux artistes tirent définitivement leur révérence avec un Gautier Capuçon aux cheveux en un rideau rebelle balayant en toute charmante complicité son violoncelle à la pique plantée au sol de la scène.
Salle comble pour un temps presque maussade avec un menu aux teintes romantiques. Un menu concis où, de Beethoven à Brahms, le violoncelle a toutes les éloquences sans réduire pour autant au silence ou à la citoyenneté de seconde zone l'incomparable richesse harmonique du piano.Cheveux châtains clairs, costume bien taillé et cravate sur chemise blanche, Gautier Capuçon n'a pas volé sa redoutable réputation de «belle gueule et beau talent» car, dès les premières mesures, péremptoire, le charme opère...Ouverture tout en légèreté avec les «Sept variations pour violoncelle et piano», tirées de la Flûte enchantée de Mozart, de Beethoven. Œuvre ensoleillée, délicate et élégante, tissée avec un équilibre magique telle une exquise miniature, telle est cette pièce du maître de Bonn. Pièce qui s'instaure en un...
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