Les photos, consultables depuis mercredi sur la page internet de cet organisme spécialisé en prolifération nucléaire, ont été prises juste après une demande d'inspections par l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) en mai 2008.
Les images de l'Isis (Institute for science and international security) témoignent d'une intense activité et de la pose de fondations en béton tout autour du site de Marj as-Sultan, dans les environs de Damas.
"L'état d'avancement de ce site est inconnu. Cependant, il y a lieu de soupçonner que la Syrie a vidé ces bâtiments avant mi-2008 et pris des mesures pour en masquer les activités antérieures", indique le rapport de ce centre basé à Washington .
"La pose de nouvelles fondations pourrait correspondre à une tentative de masquer les prélèvements environnementaux auxquels les inspecteurs de l'AIEA devaient procéder pour vérifier si de l'uranium était présent lors de leur visite sur ces sites suspects", ajoute-t-il.
Les auteurs de ce rapport, citant l'AIEA et le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, ajoutent que l'installation de Marj as-Sultan, contenant une petite usine de conversion d'uranium, est l'un des trois sites "en lien opérationnel" avec le réacteur de Dair Alzour, situé dans l'est de la Syrie et bombardé par Israël en septembre 2007.
Damas n'a plus accepté d'inspecteurs de l'AIEA sur son sol depuis juin 2008, malgré les demandes et l'impatience croissante de l'agence, gendarme de l'ONU pour le nucléaire.
La situation de la Syrie devrait être examinée lors du prochain conseil des gouverneurs de l'AIEA, du 7 au 11 mars à Vienne.
La Syrie a toujours démenti toute entrave au travail de l'AIEA et son président Bachar al-Assad nié que son pays soit engagé dans un programme nucléaire, dans une interview au Wall Street Journal le mois dernier.
Selon des sources diplomatiques à Vienne, des pays comme les Etats-Unis pourraient faire pression pour l'adoption d'une résolution contre Damas, et même proposer le principe d'une "inspection spéciale". En cas de refus, la Syrie devrait alors rendre des comptes au Conseil de sécurité de l'ONU.
Certains diplomates sont cependant réservés. La dernière tentative d'envoyer une telle mission, en 1993 en Corée du Nord, avait conduit l'Etat communiste à fermer ses frontières aux inspecteurs de l'agence et à développer en secret sa bombe atomique.
Le raid aérien israélien avait détruit un réacteur nucléaire syrien quelques semaines avant qu'il ne devienne opérationnel, selon une note diplomatique américaine publiée fin décembre par le quotidien israélien Yediot Aharonot.
"Le 6 septembre 2007, Israël a détruit le réacteur nucléaire construit secrètement par la Syrie, apparemment avec l'aide la Corée du Nord", écrivait le 25 avril 2008, la secrétaire d'Etat de l'époque Condoleezza Rice, aux représentants diplomatiques américains à l'étranger, selon cette note obtenue par Wikileaks.
Damas a toujours démenti que le site visé soit nucléaire, tout en admettant qu'il s'agissait d'un "site militaire en construction".
Israël n'a pas nié que son armée de l'air ait attaqué un objectif en Syrie le 6 septembre 2007, mais sans jamais le revendiquer officiellement ni préciser cette opération.

