Les Solistes de Sofia offrant des sonorités allant du Danube aux flots de la mer Noire. (Marwan Assaf)
De l'Allemagne à la Bulgarie, en passant par l'Autriche et la Bohème, voilà la voix de Beethoven (dans un arrangement de Mahler), de Vassil Kazandjiev (belle révélation de ce concert!) et le romantisme tout en teintes douces et pastel de Dvorak.
Ouverture curieusement un peu troublée dans sa timidité avec ces sonorités étouffées des maîtres de l'archet (mais les choses se redressent et se régularisent au troisième mouvement allegro assai vivace ma serioso) du Quartetto serioso n°11 op 95 du maître de Bonn dans un arrangement de Mahler.
Quatre mouvements (allegro con brio, allegro ma non troppo, allegro assai vivace ma serioso et larghetto espressivo, agitato et allegro) pour traduire les émois du compositeur de Fidelio.
Œuvre riche de rythmes, d'harmonie que Mahler, dans son arrangement, a voulu bien loin des étroites limites d'une simple musique de chambre.
Pour prendre le relais et échapper à la prosodie conventionnelle préromantique, virée du côté du folklore avec les Images de la Bulgarie de Kazandjiev. Charmantes images sonores modernes, pétillantes de vie, ensoleillées, douces comme une étreinte amicale. Avec des passages rythmés, scandés et marqués par des percussions aux timbres festifs, joyeux et malicieux.
Pour conclure, après l'intervalle et la pause café, la Sérénade pour cordes en mi majeur op 22 du compositeur de la Symphonie du Nouveau-Monde. Une œuvre aux mouvements subtils (moderato, tempo di valse, scherzo: vivace, larghetto, finale: allegro vivace), alliant lignes mélodiques exquises et certaines embardées romantiques vite maîtrisées comme un nuage noir éloigné par un petit vent caressant.
Mais qui aurait dit que les applaudissements nourris du public auraient pu conduire à deux bis aussi merveilleux, un pendant bien substantiel à un concert pourtant conçu avec mesure et sagesse?
Sous la baguette d'un maestro qui n'a plus craint de se lâcher un peu plus, d'abord cette délicieuse et très courte Aria Italiana de Benjamin Britten, tout en finesse et fluidité.
Et, bijou de cette fin de concert, le mélancolique et sensuel Oblivion (dans sa version pour seuls cordes et archets) de l'Argentin Astor Piazzollo qui a brusquement jeté sur la scène et les auditeurs médusés un paquet de soleil, de souvenirs à la fois lumineux et tristes, des bribes des fièvres de la nuit, le parfum des embruns des plages de Mar del Plata et de Buenos Aires, et surtout la chaleur des amours inoubliables...

