"Le relèvement du niveau d'alerte à son niveau maximum" a été confirmé par des sources au ministère de la défense italienne, interrogées par l'agence italienne Ansa à Abou Dhabi, où le ministre de la Défense, Ignazio La Russa, effectue une visite officielle.
Rome a également décidé l'envoi dans le sud de la péninsule d'un nombre important d'hélicoptères de l'Armée de l'Air et de la Marine.
La décision a été prise après l'atterrissage à Malte de deux avions militaires et deux hélicoptères civils. Ces avions avaient à leur bord quatre soldats qui ont affirmé s'être enfuis de la base militaire de Benghazi, à 1.000 km à l'est de Tripoli, tombée au main des manifestants, ont indiqué à l'AFP des sources militaires maltaises.
Selon ces sources, les hélicoptères civils transportaient quant à eux sept personnes se disant de nationalité française et affirmant travailler sur une plate-forme pétrolière en haute mer, du côté de Benghazi.
Mardi, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a convoqué les ministres concernés par la crise (Intérieur, Défense, Affaires étrangères).
Car pour l'Italie, l'enjeu est de taille.
Les deux pays ont signé en août 2008 un accord historique qui a soldé les comptes de plus de trente ans de colonisation italienne (1911-1942). M. Berlusconi avait alors présenté les excuses de l'Italie et s'était engagé à verser 5 milliards de dollars de dédommagements sous forme d'investissements sur les 25 prochaines années.
Depuis, l'Italie est à la fois le premier exportateur en Libye, avec une part de marché de 17,5% et le premier débouché des exportations libyennes (20%). Les entreprises italiennes ont depuis obtenu de nombreux contrats en Libye tandis que Tripoli, qui était déjà présente dans le capital d'entreprises italiennes, a renforcé sa présence grâce à ses "pétrodollars".
Le "traité d'amitié" comprenait également une importante clause sur les reconduites de migrants en Libye. Selon les autorités italiennes, les débarquements de clandestins en Italie, pour la plupart originaires d'Afrique sub-saharienne, ont "diminué de 94%" depuis la mise en place de cette politique de refoulement immédiat, fréquemment dénoncée par les associations de défense des droits de l'homme.
Signe de l'étroitesse des liens entre les deux pays, l'indice vedette de la Bourse de Milan, le FTSE Mib, a terminé la séance lundi sur une chute de 3,59% à 22.230 points.
Ont été touchées de plein fouet les entreprises italiennes très présentes dans ce pays, comme le groupe de construction Impregilo, ou celles dont Tripoli est actionnaire, comme la banque UniCredit dont la Libye détient 7,582% du capital, ce qui en fait le premier actionnaire.
Le groupe pétrolier ENI, qui revendique la place de premier producteur étranger en Libye, a reculé de 5,12% à 17,43 euros et rapatrié une partie de ses salariés, tout en assurant que les violences n'avaient pas eu d'effet sur sa production.
Autant de facteurs qui expliquent l'extrême prudence de l'Italie sur ce dossier. Samedi, à des journalistes qui lui demandaient s'il avait des nouvelles du leader libyen, dont il est proche, le Cavaliere a répondu : "nous ne nous sommes pas parlé. La situation évolue et donc, je ne me permets pas de déranger qui que ce soit".

