L'artiste Carsten Höller dirrigeant l'accrochage des oeuvres réunies par le photographe Jean Pigozzi./
Elle sera ensuite présentée à l'été 2011 au Garage, important centre d'art contemporain de Moscou, dirigé par Daria Joukova, la compagne du milliardaire russe Roman Abramovitch, puis au Palazzo Reale à Milan en septembre.
Sur deux murs opposés d'une quarantaine de mètres de long, dessins, peintures et photographies aux formats modestes de 47 artistes japonais font face à celles, imposantes, de seize artistes de la République démocratique du Congo, dans une mise en scène imaginée par l'artiste allemand Carsten Höller.
Quelque 200 autres oeuvres réparties en nombre égal entre les deux pays se succèdent, piochées dans la collection de l'homme d'affaires et photographe français connu pour ses clichés des "happy few". Sa collection d'art contemporain africain, estimée à plus de 5 000 pièces, est considérée comme l'une des plus importantes au monde.
D'abord "sceptique" à l'idée de monter une exposition uniquement sur la collection africaine de Jean Pigozzi, l'artiste allemand, remarqué pour son projet de restaurant éphémère "The double Club" à Londres, a été "ravi" d'apprendre que le mécène disposait aussi d'un fonds d'art japonais.
Il a ainsi choisi parmi les quelque 500 oeuvres de jeunes artistes japonais acquises par l'héritier des voitures Simca ces dernières années, avec cette volonté d'établir un "univers évident, à la manière d'une opération mathématique".
"Cette dualité presque schizophrénique m'intéressait. C'est comme une addition. D'un côté, on a les oeuvres japonaises, minimalistes, froides, relevant du domaine du rêve. De l'autre, les oeuvres congolaises, réalistes avec de nombreuses références politiques", explique Carsten Höller devant un tableau de Chéri Samba, figure de l'art contemporain congolais.
Les tableaux colorés représentant de femmes africaines à la poitrine opulente dans des scènes de vie quotidienne s'opposent aux tableaux noirs et blancs, tout en retenue, des artistes japonais influencés par la culture manga et les jeux vidéos.
"Les murs s'écartent puis se resserrent au centre du parcours pour mieux souligner les différences et les correspondances entre les deux cultures", explique l'artiste allemand, alors que s'entrechoquent des thèmes dénonçant la société de consommation, la corruption, le statut de la femme ou encore l'aliénation liée aux nouvelles technologies.
"J'ai voulu idéalement que les oeuvres soient vues avec un seul oeil de chaque côté", explique Carsten Höller, mimant, la main sur le front, une ligne imaginaire entre les deux yeux.

