Elina Garanca sur scène.
Il faut en convenir, la musique est dans son sang, puisque c'est un trait de famille. Son père est chef de chœur et sa mère est interprète de «lieder». Par conséquent, Elina Garanca (se prononce Garantcha) a de qui tenir lorsqu'elle prend allègrement le chemin de l'Académie de musique de Lettonie (elle est née à Riga en 1976) et c'est ensuite à Vienne puis aux États-Unis qu'elle peaufine une formation dotée au départ d'une superbe voix de mezzo-soprane. Une voix exceptionnellement riche, enveloppante, sombre, sans lourdeur.
Elle qui voulait être comédienne, la scène lyrique lui ouvre toutes grandes les portes des performances pour une gestuelle et une expression sans frein ni contrainte.
Ses débuts avec l'«Opéra de Riga» dans une tournée à Bucarest et à Athènes sont plus que prometteurs. Les projecteurs la prennent déjà pour cible.
De son rôle de Giovanna Seymour dans Anne Boleyn de Donizetti, elle passe vite en Allemagne avec la troupe Meinningen pour se retrouver sollicitée à Francfort par la «Wienir Staasoper» pour interpréter le rôle de Lola dans Cavalliera Rustican de
Mascagni.
Avec le Festival de Salzbourg, en 2003, sa carrière part en vitesse de croisière avec la Clémence de Titus de Mozart. Elle sera aussi la Charlotte de Werther de Goethe et Massenet et la Dorabella de Cosi Fan tutte de Mozart, tout en signant un contrat d'exclusivité avec la prestigieuse maison de CD Deutsche
Grammonphon.
À part le rôle d'Adalgisa qu'elle campe avec éclat dans la Norma de Bellini à l'Opéra de Munich, la consécration va venir du pays de l'Oncle Sam en 2008. Elle sera une Rosine de rêve dans Le Barbier de Séville de Mozart. Public et presse ne tariront pas d'éloges pour cet événement considéré comme marquant, majeur et capital. Surtout pour l'interprétation d'Elina Garanca à la voix ample, puissante et toute en clarté nuancée.
On sait gré à cette cantatrice haut de gamme pour le choix judicieux et tout en finesse non seulement de ses partitions ou livrets, mais aussi pour le choix de ses partenaires de scène et surtout ses metteurs en scène. On note, dans son bref mais intense parcours, la présence, entre autres, d'Irina Brook et Patrice Chéreau.
Si Elina Garanca est farouchement mozartienne, sa grande popularité, cependant, elle la doit aujourd'hui à la plus libérée et la plus actuelle des femmes: «Carmen». Carmen la bohémienne, la cigarière de Mérimée et de Bizet à qui la cantatrice donne une vie et une voix nouvelles.
Après une légion de divas qui s'y sont illustrées (et la liste ne pourra jamais être exhaustive, de Maria Callas à Grace Bumbrey, en passant par Agnes Baltsa, Tereza Berganza, Julia Migenes Johson, Victoria de Los Angeles, Leontyne Price...), Elina Garanca (après le désistement d'Angela Gheorghiu), en donnant la réplique à Roberto Alagna, se démarque du peloton, ou plutôt emboîte le pas à ces célèbres dames qui ont la liberté et l'émancipation pour fanion. Et sa création, depuis 2007, d'une Carmen plus gitane révoltée que jamais séduit sans réserve le public et les professionnels du monde de l'art lyrique.
Le nez mutin, la lippe pulpeuse, blonde incendiaire et regard presque bridé, la beauté et la moue d'Elina Garanca interpellent. Rester sans voix devant elle, c'est normal, surtout qu'on a intérêt à écouter plutôt la sienne.
Quoi écouter justement (superbes sont ses DVD de Werther de Massenet, la Cerentola de Rossini, la Clémence de Titus ou le Cosi Fan tutte de Mozart) de cette diva au choix éclectique, à la présence et à la voix si péremptoires, si charismatiques ? Rien ne vaut sans doute ce magnifique album de Mozart. Un Mozart placé sous les auspices de Claudio Abbado avec une brochette de chanteurs et cantatrices. Il y a dans cet album hors temps et hors frontières Anna Netrebko, Erika Miklosa, René Pape, Thomas Quasthoff, Bryn Terfel et, bien entendu, Elina Garanca. Un Mozart «for ever» pour des interprétations divines...

