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Culture - Art Contemporain

Chris Marker : « L’Homme à tête de chat »

Une exposition monographique dédiée à Chris Marker s'est tenue au Beirut Art Center (BAC). Intitulée « Par quatre chemins », elle invite à découvrir, à travers quatre de ses œuvres qui explorent les notions de vérité, d'histoire et de mémoire, l'univers de cet artiste, réalisateur et photographe français qualifié de « plus célèbre des cinéastes inconnus » !

Étienne Sandrin au cours de sa conférence au BAC. On y voit en projection un portrait de Chris Marker. Photo Wassim Daou

De son vrai nom Christian Bouche-Villeneuve, Chris Marker, né en 1921 à Neuilly-Sur-Seine, est photographe, réalisateur, écrivain, auteur d'essais cinématographiques, installationniste, féru de technologie numérique... Bref, un artiste à la palette multiple et novatrice qui aime se définir comme un « bricoleur ».
Bricoleur d'images, de textes - d'une qualité littéraire évidente ! -, de photographies qui explorent les notions de vérité, d'histoire et de mémoire tout en reculant les limites du documentaire.
Connu principalement pour ses essais filmiques qui « dégagent un style narratif unique et un engagement politique résolu », Chris Marker est l'auteur d'une œuvre globalement marquée du sceau de l'humain.
Une œuvre à travers laquelle cet ancien maquisard durant la Seconde Guerre mondiale, ce grand voyageur dans les pays socialistes « tente de proposer d'autres regards sur la société », indique Étienne Sandrin, responsable de l'Espace des nouveaux médias au Musée national d'art moderne, venu à Beyrouth participer au cycle des conférences qui accompagnent l'exposition consacrée à Marker au BAC.
Une exposition qui, par le biais de quatre œuvres, « quatre chemins », emmène le public à la rencontre de cet artiste qui mêle, avec brio, fiction et réalité, recherche et créativité, art et engagement.
Le premier chemin est celui de la photo, que Marker définit comme « l'instinct de chasse sans l'envie de tuer. C'est la chasse des anges... On traque, on vise, on tire et clac ! Au lieu d'un mort, on fait un éternel. »
La photo de gens : visages, regards, foule, portraits, animaux... Photos de gens dans l'histoire qu'offre à voir « Staring Back », une sélection de plus de 200 tirages en noir et blanc puisés des archives personnelles de Marker et représentant des visages rencontrés par l'artiste au cours de ses pérégrinations. Des portraits de figures célèbres ou d'inconnus, souvent croisés au cours d'événements politiques décisifs et de manifestations de rue tant en France, au Japon, au Tibet qu'ailleurs... Et qui, rassemblés dans cet accrochage, dessinent un portrait captivant de l'humanité au XXe siècle.
Second chemin : une installation multiécrans, inspirée d'un poème de T.S. Eliot, Owls At Noon Prelude : the Hollow Men, produite pour le New Museum de New York en 2005 et qui, par la combinaison d'images de la Première Guerre mondiale et de réflexions de Marker sur l'écriture d'Eliot, forme un commentaire morose sur le caractère cyclique de la violence dans le monde et son ombre omniprésente en temps de paix.
Troisième chemin : le CD-Rom Immemory, produit en 1997 pour le Centre Pompidou. Un voyage poétique dans le monde intérieur de l'artiste qui part de fragments d'images et de textes autobiographiques pour toucher au social, à la politique, à la relation entre le temps, la mémoire et le monde.
Enfin, la quatrième voie est celle d'une installation de treize écrans présentée en collaboration avec The Otolith Group, un collectif d'artistes basés à Londres, et qui s'appuie sur L'Héritage de la chouette, un programme de télévision en treize épisodes créé en 1989 par Marker sur le patrimoine culturel de la Grèce antique, pour explorer les liens entre le passé, le présent et l'avenir. Et d'où émerge une critique acerbe de la politique
contemporaine.
On l'aura compris, à travers toute son œuvre engagée dans la marche de son temps, « Marker tente de proposer d'autres ouvertures, d'autres regards sur la société et le monde en repoussant, notamment, les limites du documentaire et en y introduisant, par exemple, des dessins animés pour expliquer une idée, comme dans Lettres de Sibérie, explique Étienne Sandrin, ou encore en accompagnant la même image de trois commentaires différents, pour avertir le public des multiples possibilités d'interprétation d'une même photo... ».

« Guillaume-en-Égypte »
Programmateur et commissaire adjoint d'expositions vidéos au sein du service des nouveaux médias au Centre Pompidou, cofondateur d'un site Internet axé sur les pratiques artistiques liées aux nouveaux médias, Étienne Sandrin a donné, au Beirut Art Center, une conférence sur le thème de la figure du chat dans l'œuvre de Marker. Le conférencier est parti de « l'animalité dans la filmographie de Marker, de l'espèce de dialectique permanente qu'il y a entre l'humanité et l'animalité », pour rétrécir autour des « figures emblématiques de son cinéma que sont l'éléphant, la chouette et le chat. L'éléphant, indique-t-il, parce qu'en russe il se dit "slon", et que SLON est l'acronyme de la Société de lancement d'œuvres nouvelles, qui est la première société de production que Marker a faite pour organiser de la contre-information. Ensuite la chouette, parce qu'il a toujours eu une fascination pour cet animal. Sans doute à cause de son intérêt pour la Grèce antique. Enfin, le chat qui s'est introduit depuis des années dans son œuvre écrite, photographique et filmographique avant de s'incarner dans la figure d'un chat de son voisinage. Baptisé Guillaume-en-Égypte, ce chat, son animal fétiche, son double, parce qu'il "échappe à l'histoire et n'est jamais du côté du pouvoir", fait partie des rares personnes autorisées à rentrer chez Marker », affirme Étienne Sandrin. Et des rares figures que l'on retrouve aussi dans son univers sur Second Life, a-t-il signalé dans sa conférence (im) pertinemment intitulée « L'Homme à tête de chat ».
En somme, de l'écriture littéraire à l'écriture informatique, en passant par la photo, fixe ou en mouvement, Marker promène son regard libre, novateur, mais jamais dénué de tendresse, dans un univers absolument contemporain, mais où l'art reste un chemin pour aller vers l'autre. Tous les autres.
De son vrai nom Christian Bouche-Villeneuve, Chris Marker, né en 1921 à Neuilly-Sur-Seine, est photographe, réalisateur, écrivain, auteur d'essais cinématographiques, installationniste, féru de technologie numérique... Bref, un artiste à la palette multiple et novatrice qui aime se définir comme un « bricoleur ». Bricoleur d'images, de textes - d'une qualité littéraire évidente ! -, de photographies qui explorent les notions de vérité, d'histoire et de mémoire tout en reculant les limites du documentaire.Connu principalement pour ses essais filmiques qui « dégagent un style narratif unique et un engagement politique résolu », Chris Marker est l'auteur d'une œuvre globalement marquée du sceau de l'humain. Une œuvre à travers laquelle cet ancien maquisard durant la Seconde Guerre mondiale, ce grand voyageur...
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