Philippe Labro, grand observateur de son époque. (DR)
Mission parfaitement accomplie dans ce recueil regroupant une soixantaine de ses chroniques qui, en 7500 signes chacune - d'où le titre du livre -, délivrent tout à la fois une information reliée à l'actualité, des observations étayées par la large culture de l'auteur et cette atmosphère de romanesque qui nimbe souvent les portraits qu'il trace de ses contemporains.
«Ton regard, aussi bien celui du romancier que celui du journaliste, sur tout sujet qui t'intéresse, chaque semaine. Tu as 7500 signes pour le faire. Heure limite, 17 heures, le vendredi. Parution, le lundi.» Ce sont les termes du contrat qui va lier de 2008 à 2010 Philippe Labro au Figaro. Le chroniqueur relèvera le défi de cette contrainte de temps, d'espace et de délai avec beaucoup d'élégance.
Une question de regard
Élégance dans l'écriture: claire, limpide, sans effets recherchés ni préciosités inutiles. Élégance dans la citation, dans la référence culturelle instructive, sans jamais verser dans l'étalage d'érudition. Et enfin élégance dans les portraits d'artistes, d'écrivains, de politiciens que brosse Philippe Labro avec un regard bienveillant et ouvert qui sait cependant garder son acuité et éviter les écueils de la complaisance.
C'est justement ce regard qui donne le ton - et un vrai plaisir de lecture - de ce recueil de textes journalistiques souvent à la frontière de l'écriture romanesque.
Le regard d'un observateur du monde, d'un passionné de l'humain autant que de l'actualité, qui entraîne le lecteur à sa suite, avec enthousiasme, au gré des événements (l'avènement d'Obama, l'affaire Clearstream, les célébrations du bicentenaire Chopin, la catastrophe du vol AF447...), à la rencontre et à la découverte, redécouverte, parfois, d'hommes et de femmes d'exception, de talent et de pouvoir.
Dans les 473 pages de ces 7500 signes, on croise aussi bien Camus, Mauriac, Hemingway, Fabrice Luchini, J.D. Salinger, Tom Wolfe, David Khayat (le cancérologue), Kennedy, Obama, Tony Blair, François Hollande, Merkel, Ahmadinejad, Hélène Thomas (89 ans, la doyenne des correspondants de presse à la Maison-Blanche) que ces discrets « Sherpas » qui, dans l'ombre des hommes les plus puissants de la planète, préparent les projets d'accords internationaux....
Dans cet ouvrage où les chroniques sont classées par sujets (histoire, Amérique - que ce grand américanophile connaît parfaitement -, portraits d'écrivains, d'artistes, de politiques, cinéma, sport, événements divers...), le lecteur peut piocher en fonction de ses centres d'intérêt ce qui l'interpelle. Il y trouvera toujours matière à réflexion et à enrichissement intellectuel.
Car ce journaliste, qui a toujours le «feu sacré», aime partager son « bonheur d'exercer ce métier qui demeure, dit-il, une providence: à tous les coups, on apprend. À tous les coups, on gagne. On gagne en connaissance de l'époque, en réflexions sur le passé, en projection sur le présent et l'avenir, en tentatives de réponses aux questions
éternelles».
Est-il encore nécessaire de vous dire que la lecture de cet ouvrage est fortement recommandée?
* En référence à « Un début à Paris », un de ses grands succès.


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