Patrick Lapeyre, un romancier à l’écriture subtile, couronné du prix Femina 2010. Photo D.R.
Une femme-fleur vénéneuse et fragile qui va cristalliser les attentes, les espérances et les rêves du Français Louis Blériot-Ringuet, traducteur de notices pharmaceutiques, marié à une femme qui l'entretient, comme ceux de l'Américain Murphy Blomdale, trader célibataire vivant à Londres.
Tous deux l'attendent désespérément. Chacun souffrant à sa façon des apparitions-disparitions de cette Nora qui « a eu tant d'amoureux, tant de vies imbriquées l'une dans l'autre qu'on pourrait croire qu'elle secrète une substance active au contact des hommes, capable à elle seule de les faire tomber à ses pieds ».
Délaissés puis repris dans les filets de cette jeune femme mystérieuse, ses deux amants livrent leur désarroi amoureux au fil d'une narration croisée. Une narration qui suit, justement, les allers-retours de Nora entre ces deux hommes. Sauf que n'est pas toujours victime celui qui paraît l'être. Et si Nora oscille constamment entre ses deux amoureux, c'est peut-être parce qu'elle espère de l'un ou de l'autre un engagement d'amour absolu qu'aucun d'eux n'est, au fond, capable de lui faire !
Tous les hommes ne sont peut-être pas, comme disait le poète, « menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux, lâches, méprisables et sensuels », mais ces deux-là sont assurément irrésolus ! Pour des raisons toujours extrêmement dissemblables. Quasi mystiques chez l'un, existentielles chez l'autre.
Patrick Lapeyre, auteur, entre autres, de Sissy, c'est moi, Le corps inflammable et L'Homme-sœur (prix Livre Inter en 2004), a mis, paraît-il, cinq ans pour écrire ce dernier roman, qu'il a voulu dans la filiation contemporaine du fameux Manon Lescaut de l'abbé Prévost. Une ambition récompensée, à juste titre, par le prix Femina. Car si les thèmes de l'errance et de l'obsession amoureuse ne sont pas nouveaux, la description qu'en donne Patrick Lapeyre, d'un point de vue à la fois purement masculin et tout en subtilité, est assez singulière. Une fois les premières pages, un peu laborieuses, dépassées, le lecteur est pris dans les mailles de ce roman singulier, à l'écriture nimbée de grâce mélancolique et de fulgurances (344 pages).

