Après le Sénat mardi, le vote de la loi, l'une des plus contestées en France ces quinze dernières années, devait intervenir en milieu d'après-midi, alors que la majorité de droite entrevoyait une sortie du conflit social.
Le président français Nicolas Sarkozy espère ainsi pouvoir tourner une longue et douloureuse page sociale, pour entrer dans une nouvelle phase politique, marquée en particulier par un remaniement gouvernemental.
"Il y a un temps syndical et un temps parlementaire. Dans les démocraties modernes, il y a un principe: le Parlement vote la loi et quand la loi est votée, on l'applique", a déclaré le président du groupe majoritaire UMP (droite) à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé.
Tout en se gardant de crier victoire, le gouvernement notait que les grèves très dures dans les transports, les raffineries ou le ramassage des ordures, qui ont failli paralyser la France la semaine dernière, étaient mercredi en net reflux.
Le ministre du Travail, Eric Woerth, a dit observer mercredi "des signes positifs". "Je constate aussi que le blocage du pays n'est absolument pas soutenu par les Français", a-t-il ajouté.
Deux raffineries ont voté mercredi la reprise du travail, si bien que la moitié des douze sites que compte le pays n'était plus en grève. Pendant des jours elles le sont restées, ce qui s'est traduit par de graves pénuries d'essence.
La distribution de carburants restait cependant perturbée dans 20% des stations-service.
La mobilisation contre cette réforme subira un test majeur jeudi, avec la septième journée d'action nationale organisée par les syndicats depuis septembre qui ont appelé à des grèves et manifestations.
Les autres journées de ce genre avaient été des succès. A la mi-octobre, entre 1,2 et 3,5 millions de personnes, selon les sources, étaient descendues dans la rue contre le projet emblématique de la fin de mandat de Nicolas Sarkozy, dont la mesure principale est le recul de 60 à 62 ans de l'âge minimal de départ en retraite.
"Notre objectif n'est pas de battre des records", a concédé mercredi Bernard Thibault, le secrétaire général du syndicat CGT. "Mais d'après les remontées du terrain (...), nous assisterons encore à un bon niveau de mobilisation", a-t-il ajouté.
D'ores et déjà, les autorités ont prévenu que 50% des vols seraient annulés à l'aéroport parisien d'Orly, et 30% à celui de Roissy. Redevenue presque normale mercredi, la circulation des trains devrait aussi être perturbée.
Pour Bernard Thibault, les Français restent très majoritairement hostiles à la réforme des retraites. "Mais la manière de s'y opposer évolue", a-t-il précisé. Après la journée de jeudi, les syndicats prévoient de nouvelles manifestations le 6 novembre.
Certains leaders syndicaux ont appelé Nicolas Sarkozy à différer la promulgation de la loi, c'est-à-dire l'acte qui déclenche sa mise en oeuvre. Mais le gouvernement a assuré que la loi serait bien appliquée dès la mi-novembre, après que le Conseil constitutionnel aura examiné le recours que l'opposition socialiste entend déposer.
Les derniers épisodes du feuilleton des retraites devraient coïncider avec le remaniement prévu depuis des mois par Nicolas Sarkozy et qui pourrait se traduire par un changement de Premier ministre.
François Fillon pourrait céder sa place et, selon les pronostics, l'actuel ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, un centriste, est le mieux placé pour le remplacer.
Impopulaire, malmené dans les sondages, le président français cherchera aussi à se relancer sur la scène internationale, en prenant la présidence du G20 à la mi-novembre et celle du G8, en janvier.

