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Culture - Le Salon En Livres Et En Rencontres

Lamia Ziadé : « Bye Bye, Babylone »

Avec Lamia Ziadé, chassez la fumée, elle revient en ... volutes. Après « Smoke », son exposition aux allures de rétrospective à l'Espace Kettaneh Kunigk en 2009, la voilà qu'elle retourne à Beyrouth pour signer une autobiographie (hautement) illustrée* (aux éditions Denöel Graphic), réminiscences douces enrobées de nostalgie des seventies glamour et... explosives. Ou comment sa Babylone a dit « bye bye »... avant de s'envoler en fumée.

« Bye Bye, Saint-Georges ».

Entre mémoire personnelle et souvenirs collectifs, Lamia Ziadé redessine les contours d'une enfance et d'une jeunesse évanouies. Mais elle croque également, en graphismes et symboles, le portrait d'une ville dont les habitants (ou du moins la tranche occidentalisée) voulaient tant associer à la Suisse, à Monaco, à Las Vegas et à Acapulco tout à la fois. Mais cette Beyrouth-là, telle la Babylone de l'Apocalypse, est devenue symbole du triomphe passager d'un monde matériel et de la splendeur viciée qui s'est elle-même condamnée.
C'est donc avec l'escalier roulant du Spinneys, supermarché ultramoderne, «monument national pour le meilleur du monde occidental», comme elle le décrit, que Lamia Ziadé entame son récit. Enfin, pas tout à fait puisque, à tout seigneur tout honneur, la primeur est donnée à... un paquet de Bazooka. Lequel est, comme tous ceux qui sont nés après 1985 ne le savent pas, le chewing-gum qui fait les plus grosses bulles roses et dont l'emballage bleu blanc rouge renfermait également des petites bandes dessinées racontant les aventures de Bazooka Joe. En 1975, la petite Lamia avait sept ans, et elle aimait les Bazooka que sa mère achetait à son frère Walid et à elle chez Spinneys. En ces temps-là, alors qu'une partie de la population s'achalandait de Marshmallow, de Kellog's et de Planters, les milices s'approvisionnaient, elles, en AK 47, «le joujou que tout le monde possède. À prononcer kalach ou klaching ou klechen». Sans oublier le M16, le M60 (appelé «Mag» ) et autres pistolets dont le FN Herstal («fard arbaatach») ou le Walther («tméné mhayyar»). Bon, Lamia Ziadé dessine aussi les Uzi, RPG, Dragunov, les roquettes Katioucha, les grenades et armes en tous genres, «pour miliciens et civils de tous bords, avec cependant deux points communs: un appétit suicidaire pour la violence et une fascination pour la destruction. Pressés d'en découdre, ils n'attendent qu'une occasion». Cette dernière ne tardera pas à se présenter un certain 13 avril 1975. Le clash est inévitable. D'abord les souks, symbole de coexistence. Puis les hôtels, brûlés à vif, le Holiday Inn, où la petite Lamia aimait se régaler du meilleur hamburger du monde. Elle se souvient de la «mhallabiyé» de Ajami, des pâtisseries de Bohsali, de la Rose du Liban, des souks Ayyas, el-Franj et Nouriyyé. Des cinémas (Roxy, Empire, Radio City, Métropole, Rivoli) aux enseignes qui la faisaient rêver, mais où elle n'est jamais allée.
La graphiste de formation (cinq années à Penninghen) raconte en paroles et en images le quotidien d'une enfant dans une ville mise à feu et à sang, et où la violence avait aussi son folklore. Pillages, massacres, francs-tireurs, mutilations en tous genres... Elle se souvient du rationnement des bidons d'essence, des batteries Ray-O-Vac, des stocks de recharge de camping gas, de bougies, d'allumettes, de Corned Beef et de biscuits Dabké, «qui n'ont pas besoin d'être conservés au frigo».
Elle parle aussi d'une multitude de faits personnels que le lecteur qui a plus de vingt ans a certainement dû connaître lui aussi. D'une manière ou d'une autre. Toute ressemblance avec des concurrences actuelles est toutefois fortuite. Et, pour contredire les oiseaux de mauvais augure, pour qui le Liban est redevenu une poudrière prête à s'enflammer, espérons que les funestes signes précurseurs ne soient que fumée secondaire et que les Libanais puissent bientôt fumer... les calumets de la paix!

* Lamia Ziadé signe « Bye Bye, Babylone » (éd. Denoël Graphic) au stand de la librairie el-Bourj le samedi 30 octobre à 17h et le mercredi 3 novembre à 19h.
Entre mémoire personnelle et souvenirs collectifs, Lamia Ziadé redessine les contours d'une enfance et d'une jeunesse évanouies. Mais elle croque également, en graphismes et symboles, le portrait d'une ville dont les habitants (ou du moins la tranche occidentalisée) voulaient tant associer à la Suisse, à Monaco, à Las Vegas et à Acapulco tout à la fois. Mais cette Beyrouth-là, telle la Babylone de l'Apocalypse, est devenue symbole du triomphe passager d'un monde matériel et de la splendeur viciée qui s'est elle-même condamnée. C'est donc avec l'escalier roulant du Spinneys, supermarché ultramoderne, «monument national pour le meilleur du monde occidental», comme elle le décrit, que Lamia Ziadé entame...
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