«L’oiseau du paradis» revisité par Chaza Charafeddine. (DR)
Et pourtant, pour cette ex-professeure de danse en Suisse, rentrée il y a deux ans au Liban où elle s'est tournée vers la photo et l'écriture libre, il ne s'agit ni d'audace, encore moins de provocation, mais tout simplement de l'expression de sa conception personnelle de la beauté absolue.
Conception empruntée, d'ailleurs, à l'art islamique dont s'est inspirée cette artiste pour construire ses photomontages. En effet, Chaza Charafeddine a puisé dans l'iconographie islamique indienne et perse des XIVe et XVe siècles, ainsi que dans les œuvres des artistes populaires de la région d'Asie mineure et du Moyen-Orient au début du XXe. Elle y a puisé plus particulièrement trois figures symboliques majeures. À savoir : le Burak, cheval ailé qui aurait été envoyé du paradis pour transporter le Prophète de la Mecque à Jérusalem et qui est traditionnellement représenté avec des traits humains, androgynes, mais parfois aussi avec un visage féminin ; le paon, roi des oiseaux du paradis dans l'islam et l'ange, ce fameux messager asexué de l'au-delà que l'on retrouve dans les trois religions monothéistes.
Plaçant chacune de ces figures mythologiques au centre d'une composition, dont elle a « tapissé » le fond d'images fragmentées de miniatures perses ou d'enluminures indiennes de la période moghole, l'artiste s'est amusée à leur donner des visages humains, d'une ambiguïté certaine. À la fois masculins et d'une féminité exacerbée.
Par ce travail, l'artiste, qui affirme que « la beauté suprême transcende les genres », cherche à explorer l'évolution de la notion de beauté parfaite. Depuis sa représentation sous les traits d'éphèbes dans l'iconographie islamique classique à celle, androgyne, érigée en modèle dans le monde contemporain.
Sauf que derrière ce concept intellectualisant, c'est toute une esthétique kitsch, surréaliste, aux influences multiples allant de l'art islamique à l'iconographie occidentale religieuse, en passant par les motifs « klimtiens » ou le pop-art, que célèbrent les compositions photographiques de Chaza Charafeddine.
* Jusqu'au 13 octobre. Hamra, rue Abdel Aziz. Tél. 01/345213 ou 03/634244.

