L'incident s'est produit dans le quartier historique de Beyoglu (rive européenne), centre de la vie nocturne d'Istanbul, capitale européenne de la culture 2010, et le plus actif dans le domaine de l'art et du spectacle.
Une trentaine d'hommes armés de couteaux, bâtons, barres de fer et d'aérosols de gaz paralysant se sont attaqués à des centaines de personnes qui assistaient à un vernissage collectif dans plusieurs galeries contiguës du quartier, selon les témoignages recueillis par les chaînes de télévision.
"Ils nous ont attaqués parce qu'on buvait dans la rue, juste devant la porte des galeries. Ils criaient Allah Akbar", a expliqué une invitée sur la chaîne privée NTV.
Les manifestants ont poussé les gens dans les galeries à coup de bâtons et de gaz lacrymogène, brisant les vitres, écrit une journaliste du quotidien Milliyet, qui figurait parmi les invités.
"Barbarie en plein coeur d'Istanbul" titrait mercredi le journal libéral Radikal.
"Ce qui s'est produit ici est une petite réplique de ce qui s'est passé à Madimak, à Sivas", a commenté le peintre Bedri Baykam, un autre invité.
La police est arrivée sur les lieux et n'a arrêté qu'une personne, s'indigne la presse libérale.
En 1993, une foule d'islamistes radicaux avait mis le feu à l'hôtel Madimak, à Sivas, en Anatolie centrale, où un groupe d'intellectuels, de musiciens et de poètes alévis, une communauté musulmane progressiste, s'était regroupés pour un festival culturel. 37 personnes avaient péri.
Depuis l'arrivée au pouvoir en 2002 du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), la question de la consommation d'alcool en Turquie cristallise les tensions entre laïques et musulmans conservateurs.
Selon des études, les lieux de consommation se sont réduits en Anatolie et dans les grandes villes en raison de la "pression du quartier", excercée par ceux qui veulent imposer un mode de vie musulman.

