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Culture - Monde Des Livres

Quand les femmes arabes parlent sexe et politique

Deux ouvrages* (« Sex and the medina » de Leïla B., Plon, 258 pages et « Le baiser de Saddam » de Michelle MacDonald, Balland, 301pages) retiennent l'attention, non par leurs qualités littéraires ou stylistiques, mais plus par leur valeur de témoignage et de documentation sur un monde arabe clos.

Deux ouvrages qui donnent aux femmes arabes la voix aux chapitres du sexe et de la politique. Si ce n'est pas passionnant (cela certainement aurait pu l'être!), du moins c'est émouvant et surprenant, car il y a encore beaucoup à faire, en ces deux domaines, aux pays du verbe de Shéhérazade.
Avec des mots simples, un style clinique, presque sans prétention, ces ouvrages ouvrent les portes de la «médina» (rien à voir avec les mirobolantes prouesses sexuelles des personnages de Sex and the City, qui triomphe sur petit écran et salles obscures! Ce serait plutôt l'envers du décor avec frustration et brimade) et dévoilent l'univers des femmes face à l'intimité la plus profonde et les difficultés des filles d'Ève à affronter les humeurs et les intolérables injustices d'un tyran, dans un système où toute notion de démocratie est lointaine utopie.

« Sex and the medina »
de Leïla B.

Lever de voile, impudique et révélateur, mais sans recours au sensationnel sur l'univers fermé des harems, au désertique mais si riche en pétrole royaume wahabite.
Une hôtesse de l'air marocaine, embauchée par une compagnie saoudienne en l'an 2000, fait irruption dans les intérieurs bourgeois de Djedda. Dans un livre tissé surtout de dialogues et de séances entre dames dans des intérieurs surprotégés et fermés, elle révèle ses années de service dans un pays où la femme a encore un statut controversé et peu enviable.
Autour d'une tasse de thé ou d'un café parfumé, entre loukoums et gâteries alimentaires de toutes sortes, entre achat de lingerie fine et légèrement croustillants détails du sexe (recoudre un hymen, passions furtives et secrètes, breuvages ou formules magiques pour ramener un mari volage, angoisse de se trouver nez à nez avec une seconde épouse quand on a des conjoints polygames sans états d'âme, chirurgie esthétique qui amplifierait le pouvoir de séduire et, par conséquent, mieux gérer le désir des mâles), ces dames causent, pinaillent et jacassent. Entraides entre dames pour refaire le monde, pour un meilleur être, pour une révolte dans des boudoirs ouatés et satinés, pour une lumière soigneusement mise sous le boisseau.
Conversations plus pathétiques qu'amusantes, qui donnent en pâture le quotidien de femmes dans une prison dorée, leurs rêves, leurs plaintes, leurs désirs de liberté, leur soif de lendemains qui chantent à l'occidentale... Avec cette scène étrange et poignante où un homme est «payé» (2000 dollars pour une présence masculine passive!) pour s'introduire incognito chez ces dames, juste pour un café, des confiseries et un moment où hommes et femmes peuvent tout simplement se côtoyer et bavarder, à découvert, en toute civilité. Mais il y en a une autre où rien n'est innocent, au contraire, cela frise la
perversité...
Par-delà les «mandala» des moucharabieh et l'austérité du « niqab », des « sœurs » du monde arabe déballent, entre vice et vertu, entre petites recettes de bonnes femmes et regards sur le monde extérieur (à travers un écran de TV), leur frustration et leur quête d'une harmonie intérieure et extérieure.
Au XXIe siècle, il y a encore d'invraisemblables zones d'ombre sur notre planète où, hélas, même le sens de la liberté la plus élémentaire est inégalement réparti... Ce livre rappelle avec véhémence et courage ce besoin d'égalité et de liberté devant l'appel et le droit à la vie.

 

« Le baiser de Saddam »
de Michelle McDonald

L'image d'un Saddam Hussein en troglodyte hirsute dans un trou n'a pas fini de choquer l'univers, lui qui a fait construire des palais certes somptueux, mais du plus mauvais goût. Les récits et les témoignages qui accablent ce tyran mégalomane (mais que les Américains nous fassent grâce de la théâtralité de leur action de risible Rambo justicier!) sont nombreux et divers.
Aujourd'hui paraît un livre sous le titre de Le baiser de Saddam de Michelle McDonald (traduit de l'anglais par Frédérique Fraisse), une journaliste australienne, née en Nouvelle-Zélande, qui prête sa plume à la voix de Selma Masson pour témoigner de son combat à sauver son mari des griffes du président dictateur.
Mohammad, le mari de Selma, accusé d'espionnage pour le compte des Américains, est emprisonné et torturé sur ordre de Saddam. Deux enfants et une épouse, sans ressources, tentent de survivre quand la folie d'un tyran brutal et sadique s'abat sur une famille qu'il détruit en toute impunité.
Selma décroche une entrevue avec Saddam pour sauver son époux. «Baiser» de Judas ou de Caligula que celui de ce militaire chamarré de médailles (quelles batailles «donquichotesques» a-t-il donc gagné?), un fourbe lubrique qui trousse les jupes et caresse les seins de toutes les femmes qui défilent devant son bureau?
Immonde «baiser» de Judas et Caligula réunis que celui de Saddam qui, à travers l'humiliation et les vexations qu'il fait subir à la femme venue mendier clémence et grâce, jette l'indignité sur un mari déjà captif... Immoralité absolue et terrible ivresse du pouvoir pour écraser jusqu'à l'anéantissement une citoyenne en détresse.
C'est avec pudeur et un profond besoin de retrouver une dignité bafouée que cette histoire véridique et traumatisante est rapportée. La famille de Mohammad (diminué et maltraité), en exil à l'étranger, est à nouveau réunie, et aujourd'hui l'Irak, encore plus sanglant que sous le régime de Saddam Hussein, est loin d'être un lieu où règne la paix.
Les dernières phrases de Selma? Sous le signe de l'espoir et du renouveau, les voici: «Je pleure pour ma patrie, je pleure pour mes sœurs, mon frère, ma mère. Je remercie Dieu que mon père n'ait pas vu de son vivant les pires excès de Saddam Hussein, ce dirigeant si prometteur. Il a échappé aussi à la solution américaine qui a consisté à transformer nos belles villes en chantier de bataille et réduire notre peuple à des mendiants terrorisés. Mais notre culture est vieille de plusieurs milliers d'années. Elle a toujours été glorieuse; elle le sera à nouveau.»

* Ouvrages en vente à la librairie al-Bourj.

Deux ouvrages qui donnent aux femmes arabes la voix aux chapitres du sexe et de la politique. Si ce n'est pas passionnant (cela certainement aurait pu l'être!), du moins c'est émouvant et surprenant, car il y a encore beaucoup à faire, en ces deux domaines, aux pays du verbe de Shéhérazade.Avec des mots simples, un style clinique, presque sans prétention, ces ouvrages ouvrent les portes de la «médina» (rien à voir avec les mirobolantes prouesses sexuelles des personnages de Sex and the City, qui triomphe sur petit écran et salles obscures! Ce serait plutôt l'envers du décor avec frustration et brimade) et dévoilent l'univers des femmes face à l'intimité la plus profonde et les difficultés des filles d'Ève à...
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