Tournés vers la partie nord de l'île, une cinquantaine de musiciens ont interprété Haendel, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski ou encore Brahms sur le tarmac de l'aéroport situé dans la zone tampon de l'île./
Tournés vers la partie nord de l'île, une cinquantaine de musiciens ont interprété Haendel, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski ou encore Brahms sur le tarmac de l'aéroport situé dans la zone tampon de l'île.
Cette zone, qui coupe l'île en deux d'est en ouest, a été établie par l'ONU en 1974, entre les zones contrôlées par les forces chypriotes-grecques au sud et chypriotes-turques au nord.
"La guerre n'est pas entre les peuples", insiste Yiannis Hadjiloizou, qui a grandi au sud de l'île, dans une famille de musiciens, loin de tout fanatisme.
Le jeune chef d'orchestre de 33 ans est ravi à l'idée que ses notes s'envolent au-delà de la ligne de cessez-le-feu.
Le 23 juillet 1974, la zone aéroportuaire s'était retrouvée en plein coeur de violents affrontements entre forces turques et grecques, trois jours après le débarquement des troupes turques dans le nord de l'île, en réponse à un coup d'État de nationalistes chypriotes visant à rattacher l'île à la Grèce.
L'aéroport avait alors été déclaré "zone protégée des Nations unies". Il est toujours dans le périmètre de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP).
Depuis 1974, rien n'a bougé. Le terminal, inauguré en 1967, qui faisait la fierté des Chypriotes, est devenu le royaume des pigeons. Au rez-de-chaussée, le café attend désespérément le client, au premier étage la salle d'embarquement est recouverte de fientes et de plumes, les coussins en velours rouge ou vert du salon VIP ont perdu de leur éclat depuis longtemps.
Sur le tarmac, soulevé par 36 étés brûlants, la carcasse d'un avion aux hublots éventrés et troué par des balles, témoigne de la violence des combats.
"Dans cette partie du monde, les opinions politiques sont très fortes. Il faut faire des compromis", estime Yiannis Hadjiloizou.
"La maison de ma mère est au Nord", souligne-il. "Imaginez: vous y allez, et vous trouvez une famille turque qui l'occupe. Que pouvez-vous faire? Une nouvelle guerre?", s'interroge-t-il.
La question des propriétés qui ont dû être abandonnées en 1974 par les membres des deux communautés, déplacés du nord au sud ou inversement, est l'un des sujets les plus délicats des négociations entre les deux parties.
Les discussions ont commencé en 2008, sous l'égide de l'ONU, et sont en cours actuellement entre le dirigeant de la République turque de Chypre du nord (RTCN, autoproclamée) Dervis Eroglu et le président de la République de Chypre Demetris Christofias.
En attendant un règlement politique, Yiannis Hadjiloizou ne jure que par la culture pour faire oublier le "non" en 2004 des électeurs de la partie sud de l'île au plan de paix de l'ex-secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, soumis au référendum en vue de l'adhésion de Chypre à l'Union européenne.
"On ne peut pas changer le passé, mais on peut préparer l'avenir", rêve-t-il.

