Sabhan Adam croque ses personnages dans la noirceur du temps. Photo Michel Sayegh
Né à Jisser el-Shougour en Syrie, ce diplômé de la faculté des beaux-arts de Damas sculpte dans les roches, les branchages et tout ce que peut lui offrir la nature en modulant ses œuvres au rythme de ses contemplations et de ses errances. La nature peut en effet être une grande muse en lui offrant un riche « terreau » où il implante ses propres réflexions. Hiboux, insectes, et bêtes de toutes sortes mais également figures humaines et parfois divines sont le mélange de l'interaction de la terre et de l'air, du soleil, ces éléments qui transfigurent le travail du sculpteur.
Élévation et transfiguration
Ces œuvres sculptées s'intègrent harmonieusement dans l'univers d'un autre artiste syrien dont l'œuvre est déjà connue par le regard libanais. Sabhan Adam n'est plus à présenter puisqu'il avait exposé les années précédentes à la galerie Aïda Cherfan. L'artiste croque ses humanoïdes au regard vide et creux mais richement habillés. Ainsi que cette laideur de la figure qui contraste avec la beauté des vêtements émaillés de broderies, de perles et autres fioritures. Ou ce fond toujours noir qui contraste également avec ces intrusions de rouge sang et de dorures. Tous ces personnages sont devenus familiers On ne peut donner une réelle explication aux œuvres de cet artiste syrien né dans le village de Hassaké, mais qui expriment une grande souffrance et une énorme angoisse. Mais peu importe ! Si ces portraits en grand format d'abord sur toile de tente et, en 2010, sur du bois semblent tous les mêmes, à bien les observer on se rend compte que les variations sont multiples et qu'elles sont éloquentes.
Tronquées mais reliées comme artificiellement à cette décoration vestimentaire, ces figures crayonnés d'un trait charbonneux, figés, aux yeux creux comme creusés, font, selon certains observateurs, référence à des peintres comme Goya, Schiele ou encore Pollock, mais ce qui distingue surtout Sabhan Adam, c'est ce lourd silence, sorte de halo perturbant autour de toutes ces figures désincarnées, exsangues. Momies traversant le temps, elles illustrent pourtant les épreuves et l'usure de ce même temps fatal et mortel.
Les œuvres picturales de Sabhan Adam côtoient sans disharmonie les sculptures de Jamil Kasha car, à sa manière, l'artiste semble sculpter le corps. D'atone, ce dernier devient vibrant, et d'amorphe, « anamorphologique ». Enfin de désincarné, il devient la réincarnation de toutes les expressions humaines d'antan. Une double exposition qui puise son expression et son langage dans la matrice de la terre pour y trouver la lumière.
Galerie Pièce unique (Saifi Village). Du lundi au samedi de 10h00 à 18h00. Tél. : 01/975655

