Nathalie Zoghaib compte une centaine de... contes dans sa cueillette.
Restés longtemps dans la tradition orale, ils se transmettaient de bouche à oreille, d'une génération à l'autre, lors de veillées populaires ou familiales... Voilà à présent qu'une jeune étudiante, de mère française et de père libanais, se lance à la pêche aux histoires ancestrales de son pays natal, pour les besoins de son mastère puis de sa thèse de doctorat sur les contes du Liban.
Elle a grandi à Amchit, où elle a passé une enfance heureuse au sein d'une famille nombreuse, enrichie de cousins et de cousines.
Parmi les souvenirs qui l'ont marquée, celui de sa grand-mère réunissant autour d'elle les enfants. « Elle n'était pas "hakawati", mais elle tenait tous ces contes de son père, que je n'ai pas connu et qui, paraît-il, avait le don de raconter et tenir en haleine, tous les soirs, un certain nombre d'auditeurs. »
C'est probablement la profession de son père (professeur de lettres), l'amour de sa mère pour la lecture et son penchant pour les livres et l'écriture qui l'ont conduite vers des études littéraires. Après un cursus général en lettres modernes à l'USJ, elle a opté pour un mastère en études littéraires modernes et comparées à Bordeaux, où elle a entamé son travail sur les contes du Liban pour son mémoire de mastère. « Pour ce mémoire, je m'étais basée sur des contes du Liban publiés par Praline Gay-Para et Jihad Darwiche. Le sujet m'ayant beaucoup plu, j'ai décidé de l'approfondir pour mon doctorat. »
C'est ainsi que la jeune fille s'est retrouvée au Liban, sillonnant les villages en compagnie de son père, à la recherche de conteurs et de contes inédits. « Nous avons évidemment commencé par Amchit et cherché à trouver qui pouvait se rappeler des contes de ma grand-mère. Après avoir fait le tour, de fil en aiguille, de connaissances en connaissances, nous avons réussi à trouver plusieurs conteurs dans différents villages du Mont-Liban, autour de Jbeil, de Beyrouth, dans la Békaa, dans le Sud et dans le Nord. Une fois cette collecte réalisée et groupée sur un dictaphone, le travail de traduction a commencé. » Dans ce recueil, il y a une vingtaine de contes choisis par « l'Harmattan ». Mais Nathalie Zoghaib affirme en avoir une bonne centaine dans ses fiches.
« Ces contes sont parfois assez violents, parfois cruels, reconnaît la jeune fille. D'autres ressemblent étrangement, voire même combinent des contes occidentaux que nous connaissons tous. Il faut noter quand même que les contes occidentaux sont également violents, mais ont été pas mal réécrits, et les versions finales ont changé avec le temps. ». Pour Zoghaib, cette violence n'est donc pas exclusivement spécifique des contes du Liban. Elle reconnaît par ailleurs que ce recueil en a sélectionné les plus violents, mais que les autres ne le sont pas forcément. « En tout cas, les thématiques traitées par les contes du Liban ressemblent aux thématiques et aux préoccupations exprimées à travers les contes dans d'autres populations », réaffirme-t-elle. « Nous retrouvons également la thématique du mariage, du comportement de la femme et des époux entre eux assez souvent. Celle également de la belle-mère et de la belle-fille. »
Pour Zoghaib, il s'agit non seulement de connaître les contes du Liban, de les étudier dans leur forme et structure, mais aussi de les comparer aux contes occidentaux. « Il en ressortira, je l'espère, une conclusion où je montrerai ce qui rattache les contes du Liban aux contes universels. Et cette conclusion ferait également ressortir les spécificités du conte au pays du Cèdre, dévoilant par là un côté de l'inconscient collectif libanais. »
La jeune étudiante ajoute avec regret que les quelques universitaires libanais qui ont eu vent de son travail ont eu des réactions assez négatives. « Il faut savoir que le conte est peu travaillé, car considéré comme un sous-genre de la littérature et davantage au Liban peut-être, où étudier la littérature française implique de travailler sur les grands noms de la littérature de ce pays. Or cette optique est totalement dépassée en France, des spécialistes du 17e, du 18e ou du 19e, il y en a de plus en plus et les domaines de recherche se rétrécissent. Mes professeurs ont été très enthousiastes à l'idée de travailler sur ces contes-là, ils sont inédits pour la plupart, le domaine de recherche est quasiment vierge. »
Une fois sa thèse terminée, Nathalie Zoghaib souhaite enseigner (elle s'y essaie d'ailleurs déjà) en France, au Liban ou ailleurs.
Et elle sera à Beyrouth fin octobre pour une séance de signature à la libraire al-Bourj dans le cadre du Salon du livre francophone.
Voilà donc son histoire. En attendant la suite, à bon entendeur...

