Roubah Mountada et ses « bawsats ».
Car Roubah Mountada est conceptrice (et productrice) de cartes de vœux et de papeterie personnalisée. Cette diplômée de la Parsons School of Design de New York a toujours eu un penchant « pour la papeterie de qualité, les beaux emballages », dit-elle. Il n'était donc pas étonnant qu'elle s'y soit lancée de manière professionnelle. En fait, elle y est venue, comme souvent, par nécessité personnelle.
Grande consommatrice de ces petits mots aimables, ces formules courtoises, ces phrases sympathiques qu'on échange - avec ou sans présents - aux occasions, aux fêtes, aux anniversaires et autres événements, de retour il y a deux ans des États-Unis, Roubah s'en trouva fort dépourvue à Beyrouth. « Je n'arrivais jamais à trouver la carte de vœux idéale pour chaque occasion. » Trop chargée, trop naïve, trop classique... Rien ne correspondait réellement au goût « new-yorkais » de la jeune femme. C'est-à-dire à cette envie d'un esthétisme fondé sur un graphisme épuré, un papier de qualité et un concept intelligent relevé d'une pointe d'humour. Du coup, l'idée de dessiner elle-même ses cartes de vœux germe dans son esprit.
« J'ai commencé par des cartes en français et en anglais. Et comme je lançais ma collection à partir de Beyrouth, j'ai conçu trois cartes en arabe. Lesquelles ont eu tellement de succès que je me suis dit qu'il y avait là un créneau à exploiter. »
Elle s'attelle ainsi à une série qui révolutionne le genre au Liban en reformulant, dans un style épuré et piquant, les expressions traditionnelles de notre culture locale : « Sana Halwa ya Gamil », « Yekhzhel Aïn »... Mais décline aussi les « bawsée », « bawsten », « tlet bawset », surmontant un dessin de bouche féminine ou masculine, c'est selon, sur des pochettes de cadeaux.
Les cartes, mais également les cahiers et blocs-notes que conçoit et dessine Roubah Mountada sont d'une innovante fraîcheur.
Sa recette ? Un mélange de modernité, d'esprit écologique, d'inspiration traditionnelle et, on l'a déjà dit, d'humour décalé.
La jeune designer ne se contente pas de revisiter les expressions locales, mais utilise également dans ses dessins les symboles et les motifs du patrimoine libanais. Et elle va même jusqu'à saupoudrer sa cuisine graphique des ingrédients de la cuisine traditionnelle. Le brin de persil en illustration d'une carte s'accompagne d'une déclaration, certes passionnelle, mais plutôt inattendue : « You are the parsley to my tabboulé ».
Et les tarbouche, cafetière turque, narguilé, placés sur un fond au motif inspiré du dallage ancien, qui illustrent, au choix, les couvertures des blocs-notes et cahiers qu'elle fabrique avec du carton recyclé - « produit au Liban », tient-elle à signaler - sont accompagnés de la mention, empruntée à Magritte : « Ceci n'est pas un chapeau, un espresso, une pipe...»
On l'aura compris, « Choux à la crème » n'est pas une ligne pâtissière ni une ligne de produits conventionnels, mais une savoureuse collection de papeterie... À consommer sans modération.
* Disponible chez Papercup.

