Dix-huit artistes virtuoses font ressusciter une tradition musicale dont les origines remontent à plusieurs millénaires.Press Photos
« Dans les cadences de la musique, disait Rumi, est caché un secret. Si je le révélais, il bouleverserait le monde. » C'est bel et bien ce secret que Shajarian a tenté de nous révéler pendant cette soirée qui alliait musique (des compositions de Majid Derakhshani) et chants traditionnels perses.
Entouré de dix-sept musiciens de l'ensemble Shahnaz, il a ainsi ouvert au public libanais (il convient de signaler également la présence, ce soir-là, de nombreuses familles d'origine iranienne) les portes d'un monde chatoyant. Un monde où le chant remue les tréfonds de l'âme. Même si les paroles ne sont pas compréhensibles. Même si, à la longue, le quart d'heure de la fin semblait asseoir la monotonie du concert. Il reste que la voix émouvante, plaintive, profonde du grand « ested » apparaît comme le parfait instrument pour transporter les paroles immortelles des grands poètes perses. À la fois pétrie de douleur et irradiée de bonheur, cette voix vogue dans les cimes. Face à elle, la musique effectue moult arabesques.
Loin des démonstrations de force auxquelles nous sommes désormais habitués, les musiciens font preuve de virtuosité, chacun dans son domaine, sur son instrument. Tous s'unissent sur un même accord. Le chant s'élève, le tar lui répond, le kamantché entre dans la ronde, le tombak frappe le tempo et le nay s'élève, lancinant. Puissance, finesse, modulation et douceur se combinent pour des envolées qui évoquent les grandes passions ou les tourments de l'âme. Ou encore l'amour de Dieu, la « mahabba », comme disent les soufis. Un bien beau message...

