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Culture - Exposition

Paul et Juliette : pinceaux croisés, chez Emmagoss

C'est un émouvant accrochage-hommage à leur mère, Juliette, que les enfants de Paul Guiragossian ont organisé à la galerie Emmagoss*.

« Ras el-Mrouj » (1965), une huile sur toile de Juliette Guiragossian (55 x 65 cm). Photo Wassim Daou

Juliette, un prénom d'héroïne romantique qui va comme un gant à l'épouse, la muse, le modèle, l'assistante, la mère des enfants de Paul Guiragossian. Personnage central de la vie et de l'œuvre du grand peintre, Juliette Guiragossian s'est néanmoins toujours tenue dans l'ombre de son mari, sacrifiant ses ambitions au profit de sa famille et s'effaçant devant le talent de son homme.
Et pourtant, Juliette avait aussi la fibre artistique. Depuis sa tendre jeunesse. « C'est d'ailleurs par le biais de la peinture qu'elle a connu Paul, raconte sa fille Sylva. Il a été son professeur de dessin particulier avant de demander sa main. »
Encouragée par son père, « qui voyait dans ce jeune homme un futur grand peintre », Juliette liera son destin à celui de Paul Guiragossian. Elle mettra, du coup, ses rêves d'artiste au placard, pour se consacrer à sa nombreuse progéniture (cinq enfants) et à son époux. Compagne dévouée au point de préparer les toiles de son mari, de les tendre sur châssis et de les fixer dans des cadres, et d'une totale abnégation après l'accident d'ascenseur qui couta la jambe à Paul, Juliette continuera de son côté à peindre. En silence.
« En soirée, après avoir couché les enfants et pendant que notre père travaillait dans son atelier, elle s'attelait devant sa toile pour faire des portraits, le plus souvent des autoportraits, n'ayant d'autre modèle qu'elle-même, indique sa fille. Et en été, durant les vacances passées chaque année dans un coin d'estivage nouveau, elle plantait son chevalet dans la nature et immortalisait à l'huile les différents lieux de villégiature, de Anjar et Chtaura à Baabdate, en passant par Ras el-Mrouj ou Zaarour... »
C'est une sélection de ces tableaux de toute une vie, de ces toiles érigées à l'ombre de celles d'un géant, et jamais dévoilées jusqu'à ce jour, qu'offre à voir cette exposition - sans prétention artistique ni but commercial - intitulée tout simplement Juliette et Paul Guiragossian.

Portraits amoureux et autoportraits acides
Juliette et Paul, car parallèlement aux tableaux de Juliette, cet accrochage présente également une série de magnifiques portraits d'elle-même réalisés par Paul. Des portraits en pied, qui rendent hommage à sa fine et élancée silhouette. Et des portraits de face, à l'huile sur toile, mais aussi au pastel ou encore au fusain sur papier, amoureusement croqués au fil des ans.
Où l'on découvre, sous le pinceau du maître, une Juliette tout en grâce, au regard contemplatif, énigmatique parfois, toujours immuablement grave, en dépit des changements de styles et de palettes du peintre, depuis le premier portrait en 1953 au dernier en 1990. Et bien sûr, chez ce peintre de la famille, une Juliette matriarcale, tantôt d'inspiration iconographique, d'autre fois tout simplement femme-mère, berçant avec tendresse chacun de ses nouveau-nés. Des portraits à l'opposé des autoportraits de Juliette, beaucoup plus acides, autant dans le tracé que dans les couleurs, qui évoquent une facette de sa personnalité plus complexe et affirmée que celle d'une simple bonne épouse et bonne mère.
L'indépendance picturale de Juliette ressort d'ailleurs de manière évidente de cette exposition. À la verticalité de la touche de Paul et à son chromatisme hardi, elle oppose des traits horizontaux et une palette plus sombre. Sauf qu'au fil des années, comme dans tout couple, la fusion, l'amalgame, le rapprochement des regards vont, presque insidieusement, induire dans ses toiles un certain mimétisme de la touche.
Ainsi, des compositions paysagères, foisonnantes de couleurs foncées posées en touches serrées, des années cinquante et soixante à celles de la fin des années soixante-dix jusqu'à aujourd'hui (bien qu'aujourd'hui victime d'ennuis de santé, elle continue à peindre de la main gauche), le coup de pinceau de Juliette va s'alléger, s'épurer et donner à ses compositions une clarté, une liberté qui porteront indiciblement l'empreinte de sa cohabitation avec Paul !
Voici une émouvante histoire de destins - et de pinceaux - croisés racontée en peintures. À découvrir, jusqu'au 12 août.

*Zalka, près de l'hôpital Haroun. Horaires d'ouverture : du lundi au vendredi, de 10h00 à 19h00. Tél. : 01/888643.
Juliette, un prénom d'héroïne romantique qui va comme un gant à l'épouse, la muse, le modèle, l'assistante, la mère des enfants de Paul Guiragossian. Personnage central de la vie et de l'œuvre du grand peintre, Juliette Guiragossian s'est néanmoins toujours tenue dans l'ombre de son mari, sacrifiant ses ambitions au profit de sa famille et s'effaçant devant le talent de son homme. Et pourtant, Juliette avait aussi la fibre artistique. Depuis sa tendre jeunesse. « C'est d'ailleurs par le biais de la peinture qu'elle a connu Paul, raconte sa fille Sylva. Il a été son professeur de dessin particulier avant de demander sa main. » Encouragée par son père, « qui voyait dans ce jeune homme un futur grand...
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