"J'attends des réponses sur les frontières et la sécurité pour savoir si nous parlons (avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu) le même langage, car il est préférable que de telles discussions (directes, ndlr) n'explosent pas au bout de dix minutes", a déclaré M. Abbas qui a longuement rencontré mercredi à Ramallah (Cisjordanie) six journalistes israéliens.
"Dès qu'il y aura des progrès (sur ces questions), les discussions directes reprendront", a poursuivi M. Abbas, cité par le journal Yediot Aharonot.
Il a indiqué vouloir convaincre l'opinion israélienne de sa volonté de conclure un accord de paix prévoyant la restitution par Israël de tous les territoires palestiniens occupés depuis la guerre de juin 1967: Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza, assorti d'échanges territoriaux mineurs.
Les contours d'un accord de paix sur ces bases, soutenues par la communauté internationale, sont en discussion depuis plus de dix ans.
"Le président Abbas a signalé à M. Mitchell qu'il ne pouvait y avoir de passage à des négociations directes sans progrès sur les questions de la sécurité et des frontières, en particulier sans reconnaissance par Israël des frontières des territoires palestiniens qu'il a occupés en 1967", a déclaré le principal négociateur palestinien, Saëb Erakat.
M. Abbas a également insisté sur l'arrêt par Israël de la destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est, de la révocation des cartes de résidence des Palestiniens dans la Ville sainte et de la colonisation en Cisjordanie, ainsi que sur la levée totale du blocus de Gaza, a indiqué M. Erakat à l'issue d'une rencontre à Ramallah entre l'émissaire américain et le président palestinien.
Les parties ont engagé en mai des négociations indirectes, dites de "proximité", conduites par M. Mitchell, et qui pour le moment ne semblent pas avoir progressé.
Les pourparlers directs ont été gelés depuis l'offensive meurtrière de l'Etat hébreu dans la bande de Gaza fin 2008.
Mercredi, Benjamin Netanyahu a invité M. Abbas à le rencontrer en tête-à-tête à Jérusalem et s'est dit "prêt à aller" à Ramallah.
Selon le Jerusalem Post, M. Abbas a précisé avoir donné son agrément au prédécesseur de M. Netanyahu, Ehud Olmert, pour le déploiement d'une force internationale, exigeant qu'il n'y ait plus aucune présence israélienne sur le sol du futur Etat.
Interrogé sur les conséquences d'un éventuel échec des négociations indirectes, qui doivent s'achever dans deux mois, M. Abbas a écarté toute "initiative unilatérale", telle qu'un appel au Conseil de sécurité des Nations unies, selon la presse israélienne.
Durant cet entretien, le président palestinien a évoqué pêle-mêle son souhait de ne pas effectuer de nouveau mandat, la Coupe du monde de football, et défendu son doctorat obtenu à l'Université de Moscou en 1982, dans lequel il exprimait des doutes sur l'ampleur du génocide juif.
Il a condamné ce "crime", rappelant avoir envoyé ses représentants à des cérémonies commémoratives, y compris à Auschwitz. "Comment peut-on nous accuser de nier l'Holocauste?", a-t-il lancé.
"Vous dites que six millions de personnes ont été tuées, je ne le conteste pas", a affirmé M. Abbas, ajoutant toutefois qu'il "ne lui appartenait pas de déterminer le nombre exact".
Il a aussi aussi émis le voeu que le soldat israélien Gilad Shalit, détenu depuis quatre ans à Gaza, "puisse recouvrer la liberté, de même que 8.000 Palestiniens détenus par Israël".

