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Culture - Spectacle

Anna Politkovskaïa : un monologue pour la transparence et la liberté

Dans le cadre du Printemps de Beyrouth, un festival culturel international dédié à la mémoire de Samir Kassir, « Moi, Anna Politkovskaïa », de la compagnie Le Minotaure, avec un texte de Jean-Jacques Greneau, interprété et mis en scène par Katy Grandi au Théâtre de Beyrouth à Aïn Mreissé. Un monologue dense et tendu contre le mensonge et pour la liberté.

Le monologue dense de Kati Grandi perpétue la mémoire d’une mémoire qui a traqué la vérité. (Sami Ayad)

Une scène presque nue avec un bureau, un «lap-top», un appareil de téléphone, des verres vides sur une table et une chaise-coquille en rotin. Et soudain apparaît en courant, au-devant des feux de la rampe, Anna Politkovskaïa. Trench-coat, natte blonde comme un épi de blé jusqu'à mi-dos et des lunettes. Et se déverse, comme un torrent impétueux et intarissable, un flot de paroles.
Pour ce discours dénonciateur, aux teintes coléreuses et acides, aux accents révoltés et émus, confrontant réalité et illusion, conscience vive et muflerie, mensonge et besoin de liberté, une journaliste traque la vérité. Avec courage et témérité, non sans braver les interdits et non sans traverser quelques moments de doute, de peur, de froid et d'extrême solitude. Mais elle est de celles qui ne se tairont jamais, même si elle a payé de sa vie son inextinguible soif de tout dire... Déballage osé et périlleux, mais libérateur et éclairant.
Au pays du totalitarisme, par-delà le rideau de fer qui est officiellement tombé, demeure aujourd'hui, malgré son profil de pays de titans, une démocratie à la peau fragile où sévissent encore toutes les dérives politiques et tous les excès du pouvoir.
En donnant la parole, tout en véhémence ou en émotion à la fois contenues et lâchées à Anna Politkovskaïa, journaliste au verbe mordant et à l'éthique pure, sous la flaque de lumière, c'était perpétuer la mémoire d'une femme dont le combat héroïque est plus que louable.
La guerre en Tchétchénie, les images insoutenables de la violence des hommes, des militaires bourrus au sexe dressé quand ils mènent l'interrogatoire d'une détenue, l'eau grisâtre des robinets de Moscou, la haine pour le régime de Poutine, le luxe de se doucher tous les matins au pays des tsars, couper les artères des prisonniers avec un couteau en toute impunité, autant d'images atroces qu'une femme lance à la figure de ceux qui veulent gommer les masques de l'horreur et bâillonner, en toute tranquillité, toute dignité humaine.
En musique de fond, cette lancinante et obsédante Étude de Bach au violoncelle, venue de l'appartement d'une voisine de la journaliste en prise avec elle-même, les gens du pouvoir et le pouvoir. Dur combat pour une femme harcelée par un téléphone qui résonne tard dans la nuit, espionnée pour chaque mot qu'elle profère, jugée, soupçonnée et comptabilisée, sans concession, pour chaque ligne qu'elle écrit.
Pour cette reporter de l'indépendant Novaïa Gazeta, assassinée le 7 octobre 2006 et trouvée morte dans une cage d'escalier dans son immeuble à Moscou, ce texte est une véritable résurrection. Celle de la longue liste des mères (et pères) courage qui ne laissent pas passer sous silence l'inadmissible. Contestation et dénonciations certes fatales, mais qui donnent de l'espoir à ceux qui sont confinés dans le noir et illuminent le chemin de tous ceux qui souffrent.
Sobrement, mesurant déclamation emphatique et geste grandiloquent, silence et moment d'hystérie, mimiques et attitude impassible, Katy Grandi donne une interprétation nuancée d'un texte fort, fouillant en toute lucidité une âme et un esprit tourmentés mais déterminés. Un texte qui ne manque pas parfois d'un humour noir et même d'une certaine poésie.
Une cause, une comédienne et un texte pour une «pasionaria» du légitime droit à l'opposition. Tout comme Samir Kassir qui a pratiqué ce droit au devoir de briser la loi du silence et qui en a lourdement payé le prix.
On a beau faire, on a beau «cultiver des fleurs dans la boue», on a beau exercer le despotisme le plus sombre et le plus sanguinaire, il y a des voix qui restent vivantes, même d'outre-tombe.

Une scène presque nue avec un bureau, un «lap-top», un appareil de téléphone, des verres vides sur une table et une chaise-coquille en rotin. Et soudain apparaît en courant, au-devant des feux de la rampe, Anna Politkovskaïa. Trench-coat, natte blonde comme un épi de blé jusqu'à mi-dos et des lunettes. Et se déverse, comme un torrent impétueux et intarissable, un flot de paroles.Pour ce discours dénonciateur, aux teintes coléreuses et acides, aux accents révoltés et émus, confrontant réalité et illusion, conscience vive et muflerie, mensonge et besoin de liberté, une journaliste traque la vérité. Avec courage et témérité, non sans braver les interdits et non sans...
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