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La crise israélo-turque redore l'image d'Ankara chez les Arabes

La crise entre Israël et la Turquie au sujet de l'abordage sanglant lundi par la marine israélienne du navire amiral turc de la flottille d'aide à Gaza a rehaussé le prestige d'Ankara au sein du monde arabe.

Du Caire à Koweït, les couleurs nationales turques - un croissant et une étoile blancs sur fond rouge - sont brandies bien haut par les manifestants protestant contre l'opération israélienne qui s'est soldée par la mort de neuf militants pro-palestiniens, dont au moins quatre Turcs.

La réaction du gouvernement turc de Tayyip Erdogan a été cinglante: rappel de l'ambassadeur en Israël, annulation de manoeuvres militaires communes, dénonciation d'un "terrorisme d'Etat" et dépôt d'un texte virulent au Conseil de sécurité de l'Onu.

Cette prompte riposte contraste avec la timidité des réactions des quelques pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, dont l'Egypte, souvent mise en cause pour sa complicité dans la mise en oeuvre du blocus mis en place par l'Etat juif autour de la bande de Gaza.

Sa position "entre deux chaises" a poussé Le Caire a rouvrir, exceptionnellement, mais pour une durée indéterminée, son point de passage frontalier avec Gaza, à Rafah, après y avoir été invité instamment par le chef du Hamas, Khaled Méchaal.

"Il est indubitable que la popularité du gouvernement turc s'accroît au niveau de la rue arabe", note Khaled al Dakhil, un écrivain et analyste saoudien en vue. "C'est une conséquence naturelle au vu de l'impuissance des gouvernements arabes."

"ÇA SUFFIT!" DIT ERDOGAN

Membre de l'Otan et principal allié régional musulman d'Israël, avec lequel elle entretenait jusqu'à présent des liens militaires privilégiés, la Turquie a prévenu mercredi qu'elle ne normaliserait ses rapports avec l'Etat juif que si celui-ci lève le blocus de Gaza.

Au Caire, ces jours derniers, des manifestants ont apporté leur soutien à cette attitude de fermeté de la Turquie tout en critiquant ce qu'ils considèrent comme la connivence de leur propre pays avec Israël dans le blocus, lui reprochant de brader la cause palestinienne à Gaza.

"Les Turcs ont plus fait pour montrer que ce blocus doit être levé que les gens assis ici derrière leurs bureaux", s'est étranglé un manifestant, Madiha Kurkur, en désignant du doigt l'immeuble du ministère des Affaires étrangèes.

Déjà populaire pour s'être fait le champion de la cause palestinienne en dépit de ses relations avec Israël, Erdogan a encore amélioré son image parmi le monde arabe en exigeant que l'Etat d'Israël soit "puni" pour une opération de piraterie en haute mer contre des civils innocents.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, sous la pression des Etats-Unis, n'a adopté mardi qu'une déclaration tiède condamnant les "actes" ayant conduit à des pertes en vies humaines, les assaillants israéliens ayant soutenu avoir tiré "en état de légitime défense".

"Le moment est venu pour la communauté internationale de dire '"ça suffit'", a martelé mardi Erdogan dans un discours devant le Parlement turc retransmis par les chaîne satellitaires arabes, dont Al Djazira, dans tout le monde arabe.

UN "TRIANGLE" REGIONAL DETERMINANT

Erdogan avait séduit les médias arabes l'an dernier en claquant la porte du Forum de Davos après avoir été empêché de poursuivre, en présence du président israélien Shimon Peres, une violente diatribe contre l'intervention dévastatrice de Tsahal contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Pour la Turquie, également admirée par les Arabes pour sa démocratie et son économie plus solides que dans la plupart de leurs propres pays, cette bonne image est un atout dans ses efforts pour retrouver une influence régionale un siècle après la chute de l'Empire ottaman.

Alors que les perspectives de son adhésion à l'Union européenne s'enlisent durablement, Ankara a entrepris d'approfondir ses liens avec ses principaux voisins musulmans, dont la Syrie et l'Iran, deux pays pas particulièrement bien disposés envers Israël.

La crise entre la Turquie et l'Etat juif qui s'est exacerbée cette semaine conforte le point de vue des analystes arabes qui considèrent qu'Ankara entend se positionner en puissance incontournable face à Israël et l'Iran dans une région où les pays arabes se distinguent par leur faiblesse.

"Ce triangle est celui qui déterminera le sort de la région", estime Hassem Abdel Kadir, un responsable du mouvement palestinien Fateh basé à Ramallah.

C'est dans le cadre de cette stratégie, pour l'analyste politique libanais As'as Abou Khalil, que la Turquie est en train d'utiliser la crise de Gaza pour se gagner la sympathie de l'opinion arabe.

La crise entre Israël et la Turquie au sujet de l'abordage sanglant lundi par la marine israélienne du navire amiral turc de la flottille d'aide à Gaza a rehaussé le prestige d'Ankara au sein du monde arabe.
Du Caire à Koweït, les couleurs nationales turques - un croissant et une étoile blancs sur fond rouge - sont brandies bien haut par les manifestants protestant contre l'opération israélienne qui s'est soldée par la mort de neuf militants pro-palestiniens, dont au moins quatre Turcs.
La réaction du gouvernement turc de Tayyip Erdogan a été cinglante: rappel de l'ambassadeur en Israël, annulation de manoeuvres militaires communes, dénonciation d'un "terrorisme d'Etat" et dépôt d'un texte virulent au Conseil de...