Israel Galvan fait voler en éclats l’image d’un flamenco prisonnier de ses règles. Photo Houssam Mcheimech
Ce solo silencieux, sans fanfare ni tintamarre, qui, d'un coup de bassin, mêle gestuelles féminine et masculine, se réapproprie les styles et traduit le flamenco dans une forme nouvelle. Une expression impressionnante.
Dès le départ, le ton est donné. Le danseur entre silencieusement, comme sournoisement. Il se raidit soudain dans cette bâtisse difforme et déformée et s'approprie immédiatement l'espace. L'organisatrice d'Ashkal Alwan, Christine Tohmé, avouera plus tard que le danseur n'avait vu l'espace que deux jours. Sans musique, sans bruit aucun, il fait exploser sur le sol et dans un fracas immense une grande plaque métallique. Durant une heure, il va réinventer le son et le mouvement. Par bruissements, chuchotements, glissements, ses arabesques, ses «zapateado» (frappes de pieds) configurent l'espace, mesurent le temps et font voler en éclats toute l'image d'un flamenco longtemps prisonnier de ses règles et carcans.
Un silence éloquent
Sur un espace enfariné où il provoque des nuages blancs, ou sur le sable où il se meut en douceur, la danse d'Israel Galvan offre une nouvelle vision du flamenco en défiant les postures, en les épurant et les minimalisant.
Né de parents danseurs, Galvan n'était pourtant pas prêt à rentrer dans les «ordres» du flamenco. D'ailleurs, il ne rentrera jamais dans l'ordre des choses. En réalisant ses propres créations à la manière d'explorations, il dessine une trajectoire peu commune, jalonnée des prix les plus prestigieux du flamenco et de la danse. En 2005, il reçoit le Premio nacional de Danza - domaine de la création - attribué par le ministère espagnol de la Culture «pour sa capacité à générer, dans un art tel que le flamenco, une création nouvelle, sans oublier les véritables racines qui l'ont nourri jusqu'à nos jours et qui le constituent comme un genre universel». Dix créations suivront entre 1998 et 2008 qui marquent une étape fondamentale dans l'évolution de la chorégraphie flamenca.
Tel un oiseau rapace, voire un épervier, Israel Galvan, tout de noir vêtu (sauf ses bottines blanches), a provoqué sur l'espace du Dôme une pluie de gestuelles, de références visuelles qui évoquent les grands danseurs classiques. Tout en refaisant vivre les règles qui ont érigé le flamenco en danse traditionnelle, il a réussi à s'en libérer pour créer un univers propre à lui, libre et sans contraintes. Et, lorsque débarrassé de ses bottines, il continue en silence d'évoluer en danseur flamenco, l'audience est envoûtée, galvanisée. Et le danseur sort en sifflotant. On appelle cela de la création dans l'humilité.

