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Culture - Rencontre

Isabelle de La Bruyère : l’art au M-O de plus en plus apprécié

« En art, il faut toujours acheter avec le cœur et, après, avec la tête. » Tel est le conseil dispensé par Isabelle de La Bruyère, directrice de Christie's Moyen-Orient, à l'occasion de sa visite à Beyrouth pour promouvoir la vente de tableaux et de bijoux organisée aujourd'hui et demain à Dubaï.

Isabelle de La Bruyère : « Christie’s met les talents de la région sur une plate-forme internationale.»(Michel Sayegh)

Les collectionneurs le savent bien: mieux vaut acheter des œuvres d'art pour le bonheur de les posséder plutôt que pour les plus values qu'elles permettent. «Il faut acheter ce que l'on aime», martèle Isabelle de La Bruyère du haut de ses vingt années d'expérience au sein de la célèbre maison d'enchères Christie's. «Après tout, nous vivons avec l'art, les œuvres font partie de notre quotidien. Parfois, les années passant, notre goût change. Certains collectionneurs recyclent pour acheter mieux ou autre chose. C'est cela, d'ailleurs, qui fait bouger le marché.» Un marché apparemment florissant dans la région MENA et qui tient à afficher sa bonne humeur en dépit de la crise.
Trois années ont suffi pour que Dubaï s'impose nettement dans la cartographie du marché de l'art mondial avec l'implantation de Christie's en 2006 (suivie de la foire Art Dubai en 2007 et de Bonhams en 2008). Depuis 2006 que Christie's organise deux fois par an à Dubaï des enchères sur le thème de l'art contemporain arabe et iranien, des records sont enregistrés, à la plus grande surprise des opérateurs du marché. Artistes modernes et contemporains libanais, iraniens, indiens, tunisiens, égyptiens et marocains ont immédiatement fait décoller les prix.
«Depuis la première vente en 2006, celles de Christie's au Proche-Orient ont progressé de 400% et nous avons vendu jusqu'à présent des œuvres d'art et des bijoux d'une valeur totale de 147 millions de dollars», annonce sans ambages Isabelle de La Bruyère, qui a commencé sa carrière dans cette prestigieuse maison à Londres, en 1998, en tant que spécialiste dans l'art impressionniste moderne (des XIXe et XXe siècles).
En dirigeant les ventes orientalistes pendant des années et en constatant le nombre élevé d'acheteurs du Moyen-Orient, elle a réalisé qu'il y avait un marché à développer. «En 2004, quand François Pinault a acheté Christie's, on a convaincu les actionnaires et la direction qu'il fallait une présence au Moyen-Orient.» C'est ainsi que la fameuse maison de ventes aux enchères a ouvert une succursale à Dubaï en 2006. De La Bruyère passait alors une semaine par mois à Dubaï. Cela a duré 6 ans. Puis elle a décidé de s'y installer définitivement en 2009.
«Ce marché grandit de 30% par an. En 2009, 40% des acheteurs étaient tout nouveaux chez Christie's. Nos ventes sont estimées cette année à 8 millions de dollars», poursuit l'experte en soulignant que le pic de la bulle spéculative a culminé avec la vente du fameux Tanavoli. Avril 2008 a connu l'artiste iranien vivant le plus cher, grâce à un exemplaire unique créé en 1975 et intitulé The Wall (Oh Persepolis). Cette stèle de bronze de près de deux mètres de haut partait pour 2,5 millions de dollars, bien au-delà de la fourchette d'estimation de 400000 à 600000 dollars donnée par Christie's. Aujourd'hui, la période spéculative prend de l'ampleur. Mais la crise n'a-t-elle pas affecté le marché de l'art? «Oui, bien entendu. Mais la qualité trouve toujours des acheteurs. Et ces derniers y mettront toujours le prix.»
La masse des collectionneurs dans la région grossit progressivement et bientôt l'art du Moyen-Orient fera partie de l'offre artistique globale au même titre que l'art chinois ou italien.
«Le monde de l'art international n'avait pas nécessairement accès à ces artistes auparavant. Christie's met ces talents sur une plate-forme internationale accessible à tous. Le catalogue est envoyé aux 8000 plus gros clients à travers le monde. Il est posté sur Internet. Les personnes intéressées peuvent participer à la vente en ligne ou par
téléphone.»
Concernant la vente organisée aujourd'hui à Dubaï, La Bruyère précise qu'il y en a pour tout le monde. «Nous proposons des œuvres à la portée des jeunes collectionneurs comme des pièces de musée.»
L'œuvre la plus chère, estimée à 300000 dollars, est signée Farhad Mosheri. Parmi les œuvres intéressantes de cette vente, signalons une photographie de Manal al-Dowayan, une artiste saoudienne qui compte plusieurs expositions à son actif. Ou encore une œuvre de Ramin Hairzadeh, présentée au show de Saatchi à Londres.
Une grande œuvre de Fateh Moudarres de 4 m de large, intitulée Farewell to the Gods in Beirut, est également considérée par l'experte comme «exceptionnellement belle ». «Sinon, il y a également un autoportrait de Moudarress et une toile de la série des immeubles de Ayman Baalbacki, un artiste qui a beaucoup de talent», estime La Bruyère. Les Libanais Paul Guiragossian, Élie Kanaan, Hussein Madi, Zena el-Khalil et Lamia Joreige font également partie du catalogue.
Mais le noyau de cette vente reste la collection de Mohammad Saïd Farsi, un collectionneur saoudien émérite. Parmi ces pièces de musée, un Mahmoud Saïd, datant de 1934.
Si Isabelle de La Bruyère devait garder une pièce pour elle, ce serait...? Sans hésitation, elle choisit une sculpture de Mahmoud Mokhtar. «Sans doute le premier sculpteur dans le monde arabe. Cette pièce, réalisée en 1929, est absolument divine. La plus rare à trouver, un petit bijou.» Après une courte pause, elle ajoute, avec un petit sourire: «De même qu'un petit Tanavoli qui date des années 70, unique, ravissant.» Elle cite également le Moudarress, le Safwan Daoud et le tableau de Ayman Baalbacki.
Son artiste préféré alors? «Il y en a trop! s'exclame-t-elle, j'ai énormément d'admiration pour Ayman Baalbacki, j'adore les œuvres de Chafic Abboud et de la Marocaine Lalla Essaydi. Il y a aussi les Iraniens Ifshin Pirhashemi et Sherine Ebadi...»
L'aspect le plus intéressant de son travail, alors? «J'ai appris l'art à travers les professeurs, les livres, les avis des experts, le regard des autres. Les artistes n'étaient jamais présents pour moi. Une des choses les plus passionnantes serait donc, pour moi - à part le fait de former des collections - de rencontrer les artistes. L'été dernier j'ai eu la chance de visiter Élie Kanaan dans son atelier. Nous avions discuté pendant des heures.»
«Un plaisir et un honneur», conclut Isabelle de La Bruyère.
Les collectionneurs le savent bien: mieux vaut acheter des œuvres d'art pour le bonheur de les posséder plutôt que pour les plus values qu'elles permettent. «Il faut acheter ce que l'on aime», martèle Isabelle de La Bruyère du haut de ses vingt années d'expérience au sein de la célèbre maison d'enchères Christie's. «Après tout, nous vivons avec l'art, les œuvres font partie de notre quotidien. Parfois, les années passant, notre goût change. Certains collectionneurs recyclent pour acheter mieux ou autre chose. C'est cela, d'ailleurs, qui fait bouger le marché.» Un marché apparemment florissant dans la région MENA et qui tient à afficher sa bonne humeur en dépit de la crise. Trois...
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