Hanane Hajj Ali (en haut, à droite) dans la pièce «Ayyam el-Khyam», présentée sur les planches du TDB. (DR)
Le TDB mérite grandement ce coup de phare. Parce qu'il est, incontestablement, un des hauts lieux de la culture beyrouthine. C'est peut-être un cliché, voire une évidence. Mais nul ne peut nier que ce petit théâtre, né en 1956, est chargé d'histoire. De quatre décennies de vécu. Qu'il a été la première institution permanente dont a été témoin la ville. Un théâtre populaire et élitiste, en tous ses actes. Un espace ouvert à toutes les expérimentations. Un «espace dans un autre, où se sont entrechoquées les dynamiques sociales, politiques, artistiques et culturelles, le stimulant ou, au contraire, le contraignant au gré des réalités qui ont animé la ville de Beyrouth durant ces années.»
L'auteure entame d'ailleurs son ouvrage par une citation de Jean Duvigneaud: «Non l'espace vu. Mais l'espace que l'esprit verrait, s'il se questionnait lui-même sur les conditions de la réflexion.»
Cette étude menée par Hanane Hajj Ali dans le cadre de sa thèse de mastère dans la recherche théâtrale, à l'Iesav, sous la supervision de Lina Saneh, en 2009, se trouve aujourd'hui étoffée et publiée par la maison Amers. Un ouvrage de 170 pages dédié à son père, «en guise de baume pour panser ses souffrances».
L'approche de l'actrice, animatrice et enseignante est novatrice dans la mesure où elle a souhaité s'éloigner du découpage adopté traditionnellement, à savoir: la chronologie de l'avant, du pendant et de l'après-guerre. «En parlant de l'espace théâtral durant vingt années de guerre, j'ai tenté de montrer comment il a survécu au sein de forces contraires et contradictoires. La guerre n'était pas seulement synonyme de destruction. Elle a également été le moteur et l'inspiration de nombreuses productions anciennes et nouvelles.»
La somme de Hanane Hajj Ali, fourmillante de notes et de solides annexes, est non seulement un outil de travail précieux, mais l'histoire d'un groupe de personnes, d'un noyau de curieux passionnés, de sérieux enthousiastes. Qui y croyaient dur à cette réunion de gens heureux de se retrouver ensemble qu'est le théâtre, lorsqu'il advient qu'il soit du théâtre.
Hajj Ali précise que son ouvrage ne présente pas des récits qui se suivent. «Mais plutôt un seul texte composé de plusieurs expériences. Certaines se complètent, se suivent et d'autres sont, au contraire, antinomiques. Entre elles et vis-à-vis de la ville en général.»
Le TDB en tant que haut lieu de la ville. En tant que passage. En tant qu'espace d'évasion. Ou de lieu où se manifestent les répulsions engendrées par cette ville.
C'est comme si on réfléchissait sur la mort de quelqu'un que l'on ressuscite à grande peine. Le TDB peut se targuer en effet de détenir haut la main le record de fermetures et de réouvertures d'une salle au Liban. «Les interruptions dont a été témoin ce théâtre ont permis son renouvellement», note, judicieusement, Hanane Hajj Ali.
Des réincarnations multiples qui seraient ainsi la cause de sa perpétuité. De son
immortalité?

