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Culture - Festival D’Abou Dhabi

Retour à l’âge d’or du oud avec Nasseer Shamma

Le oud, tout en défendant farouchement les beautés sonores de sa profonde orientalité, avec des touches nuancées de modernité, tend en toute audace et témérité vers de nouveaux horizons.

Un ensemble qui a fait la joie d’un auditoire conquis. (DR)

Incursion dans la musique occidentale et annexion des pages de Rossini, Vivaldi et Paganini, avec surprises inattendues, même si la tentative n'est toujours ni convaincante ni concluante. Sans oublier de superbes et brillantes improvisations en solo où le oudiste Nasseer Shamma s'avère être un virtuose au-dessus de tout éloge.
Le fondateur de la Maison du oud au Caire et en Espagne est un homme au cœur immense, car ce cœur ne bat pas uniquement pour la musique, mais aussi pour les enfants de l'Irak, son pays natal, et pour la cause palestinienne. Ce n'est guère à tort qu'on prête à cet infatigable activiste d'une humanité sans barrage ni frontières le titre d'ambassadeur de l'Orient à l'Occident... Voilà un artiste qui, tout en jouant entre notes et tons, ne croit pas aux conflits des civilisations et s'affaire à rassembler les cultures pour la jonction des mondes et des horizons.
À l'auditorium du Palais des Émirats, non seulement le oud donne la réplique à l'Orchestre philharmonique égyptien (jeune institution musicale qui fête ses cinq ans), placé sous la houlette de maestro Ahmad el-Saeedi, mais prospecte rythmes et cadences allant de l'époque baroque aux incantatoires envolées des romantiques, tout en affichant avec clarté son identité arabe contemporaine.
Ouverture en panache avec Nasseer Shamma empoignant le oud au dos rond et luisant. Une improvisation véhémente et passionnée, où célérité, arpège vertigineux et accords tonitruants font des mariages à la fois explosifs et harmonieux. La cavalerie légère de Suppé, dans sa dynamique orchestrale, a ici un cadre idéal dans sa charge de pur-sang, crinière au vent, sur les sables du désert.
Le Concerto RV425 pour orchestre et mandoline de Vivaldi a perdu beaucoup de son élégance et de sa douceur feutrée. Il était difficile de retrouver l'esprit du Prêtre roux dans ses transparences vénitiennes, dans ces rythmes lents et ces accords aux tons charnus et plaintifs.
De même, le Capricio op 24 pour solo de violon et orchestre de Paganini (morceau pourtant très attendu par l'auditoire) a aussi déçu, tout en gardant une bonne part de virtuosité. Virtuosité forcément bien différente des accents de la boîte à errance et à magie... Mais où sont donc les coups d'archet aussi tranchants que des épées coléreuses ou tendres comme des larmes que nul ne sèche ?
Seul rescapé de ces transvasements demeure, semble-t-il, Rossini. Son barbier est assez finaud pour réapparaître tout en tonalités joviales et enjouées, toujours aussi insaisissable et farfelu dans sa mélodie incroyablement soyeuse. Et le oud sert à ravir cet aspect pétillant et presque espiègle d'une ouverture aussi volatile qu'une bulle de savon.
Mis à part dans cette programmation un peu de bric et de broc, des deux mouvements (1 et 4) de la Symphonie n°1 op 21 de Beethoven, tel un hommage à la rigueur et la puissance du génie de Bonn, la part de musique occidentale portée sur le plectre ou la «risha» reste dans le registre exploratoire. Dans cette navette se déplaçant du Caire à Vienne émergent en force les morceaux réservés à l'inspiration du monde arabe. Pour le oud, ils sont l'objet d'une expression de toute évidence nettement plus attachante.
De Samaii Ajam, de Rouhy el-Kammash, au Jawad, Lilrouh el-Hadith, en passant par le solo final de Nasseer Shamma, le oud, littéralement dans tous ses états, reste un éloquent instrument pour traduire l'âme et l'essence orientales. Si Farid el-Atrache et Mounir Bachir ont admirablement fait parler ces cordes, Nasseer Shamma est parfaitement dans leur sillage. Voire, il est le porte-parole d'un vibrant retour à l'âge d'or du oud. Dans son passé glorieux et son présent qui fait surface en tout éclat et netteté.
Incursion dans la musique occidentale et annexion des pages de Rossini, Vivaldi et Paganini, avec surprises inattendues, même si la tentative n'est toujours ni convaincante ni concluante. Sans oublier de superbes et brillantes improvisations en solo où le oudiste Nasseer Shamma s'avère être un virtuose au-dessus de tout éloge. Le fondateur de la Maison du oud au Caire et en Espagne est un homme au cœur immense, car ce cœur ne bat pas uniquement pour la musique, mais aussi pour les enfants de l'Irak, son pays natal, et pour la cause palestinienne. Ce n'est guère à tort qu'on prête à cet infatigable activiste d'une humanité sans barrage ni frontières le titre d'ambassadeur de l'Orient à l'Occident... Voilà un artiste qui, tout en jouant...
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